Etes-vous contaminé aux pesticides ?

jeudi 19 mars 2009 Écrit par  Laurence Parmelan

carte-de-france-pesticides.jpgLa France est la championne d'Europe de consommation de pesticides et occupe le 3ème rang mondial. Le Grenelle fixe un objectif de réduction de 50 % de leur usage d'ici 2018, mais quid de la contamination de l'air, de l'eau, des sols et des aliments ? Réponse avec l'Observatoire des résidus de pesticides et sa carte interactive de nos expositions par l'air, l'eau et les sols. 

Alors que les sources d'exposition professionnelle aux pesticides découlent directement de l'emploi qui en est fait, la population générale est essentiellement exposée au travers de son alimentation et de son environnement, explique l'Observatoire des résidus de pesticides (ORP). "La contamination de l'environnement expose donc tout un chacun à des niveaux de pesticides variables et souvent difficiles à apprécier."

Afin d'informer le public et de favoriser l'accès aux données concernant les résidus de pesticides sur le territoire français, l'ORP a mis en ligne une carte interactive inédite. Elle permet en effet d'accéder à toutes les bases de données décrivant la présence de résidus de pesticides à la fois dans l'air, l'eau et les sols sur tout le territoire, y compris les DOM-TOM.

En un simple clic sur une région ou sur un département tout un chacun peut donc accéder à une documentation complète, souvent technique. 

Des voies d'exposition très variées

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En France, d'après l'Observatoire des résidus de pesticides, les connaissances sur l’exposition de la population générale aux pesticides sont fragmentaires, du fait de la diversité des familles chimiques, de la diversité de comportements de dégradation, d’absorption, de métabolisme et d’excrétion, et de la diversité des sources d’utilisation : agricoles, urbaines dans les parcs et voiries et domestiques. "Les pesticides sont retrouvés dans tous les compartiments de l’environnement", explique l'Observatoire.

Différents milieux environnementaux peuvent donc conduire à une exposition de la population générale aux pesticides : aliments, eau de consommation, air intérieur et extérieur, poussières de la maison.

Les sources d’expositions aux pesticides proviennent d’abord de leur utilisation par les professionnels (les agriculteurs mais aussi les jardiniers qui traitent les espaces verts) et les particuliers (usages domestiques à la maison et dans les jardins). Cependant, du fait de leur transport hors de leur zone d’application, la population générale y est aussi exposée via l’alimentation et l’environnement. 

Des chiffres et des pesticides

- 80 000 tonnes des pesticides ont utilisés dans l'agriculture française en 2007 (soit plus de 5kg/ha/an), plaçant la France à la première place européenne des pays consommateurs de produits phytosanitaires, d'après l'ORP qui estime que cette tendance doit être interprétée avec précaution du fait de la baisse de l'utilisation des produits minéraux et non pas des produits de synthèse.

- Des pesticides ont été détectés au moins une fois dans 90 % des points de mesure de la qualité des cours d'eaux (1 097 points) et dans 55 % des eaux souterraines (1507). "Les teneurs mesurées sont parfois très faibles et ont dans ces cas peu d’incidence sur la qualité des eaux. Cela traduit néanmoins une dispersion importante des pesticides et une présence généralisée dans les milieux aquatiques."

Le plan Ecophyto 2018 présenté en septembre 2008 vise à réduire de 50 % l'usage des pesticides, si possible en 10 ans. Fin 2008, 30 substances "des plus préoccupantes"  ont été retirées du marché ; 10 substances supplémentaires doivent être retirées fin 2010.

- A propos des impacts immédiats à court terme, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait déjà en 1989 qu’il y avait chaque année dans le monde un million d’empoisonnements graves par les pesticides, avec quelques 220 000 décès.

- La convention de Stockholm (PDF) entrée en vigueur le 17 mai 2004 vise une interdiction progressive de la production et de l’utilisation de 12 Polluants organiques persistants (POP) appelés les "12 salopards" dans le jargon professionnel.

La propagation des pesticides hors des zones agricoles

Les pesticides sont le plus souvent utilisés en agriculture, pulvérisés à l’aide de rampes de montées sur des tracteurs, et parfois sur des avions ou des hélicoptères. Lorsqu’ils ont atteint la culture, les pesticides sont soumis à de nombreuses transformations et à des mécanismes qui conditionnent leur devenir et leur dispersion vers les autres compartiments de l’environnement : absorption par les végétaux, par les sols, contamination des eaux de drainage, des eaux de surface et des nappes phréatiques.

La dissémination de ces produits, hors des zones agricoles par l’intermédiaire du compartiment aérien, existe également. Ainsi les pesticides vont pouvoir être transportés parfois sur de longues distances ; et retomber principalement sur le sol sous forme humide pendant les périodes de pluie, neiges et brouillards.

On parle de résidus, à propos de ce qu’il reste dans l’environnement après l’emploi d’un pesticide. Il peut s’agir de la matière active initiale, de ses produits de transformation ou des deux. On les retrouve dans et sur les produits d’origine végétale, dans les produits comestibles d’origine animale ou dans l’environnement.

Pollution de l'air, de l'eau potable, des cours d'eau et des sols

A tire d'exemple, voici les informations que l'on peut trouver dans la base de donnée interactive. 

Qualité de l'air en Ile de France

Une étude réalisée en 2006 par Airparif où 5 200 analyses ont menées sur 5 sites de mesure et 80 pesticides ont permis de mettre en évidence :

- la présence de pesticides aussi bien en zone rurale (une trentaine de pesticides identifiés), que dans l'agglomération parisienne (une vingtaine de produits retrouvés). En zone urbaine, et en particulier dans l'agglomération parisienne, cette étude confirme l'importance de l'usage non-agricole des pesticides (jardinage, entretien des parcs et des voiries, etc.) ;

- une contamination dans l'air par les produits phytosanitaires différente de celles des eaux ;

- une persistance dans l'atmosphère de certains produits comme le lindane, malgré leur interdiction. A l'inverse, certains composés comme l'atrazine, interdits d'utilisation depuis 2003, sont toujours présent dans les eaux de surface mais pas identifiés dans l'air.

Qualité de l'eau potable en région Centre 

Le site de l'observatoire : une mine d'infos

Le site Internet de l’observatoire des résidus de pesticides est riche en informations. Il donne les clés pour comprendre la problématique des pesticides et le mécanisme de l’exposition à leurs résidus et présente des données relatives à la toxicité des produits phytosanitaries, les chifrfres du marché, les usages et les pratiques, Le site Internet permet aussi de consulter l’ensemble de la réglementation en vigueur et les actions menées par les pouvoirs publics pour connaître et contrôler l’exposition aux résidus de pesticides. D’autres rubriques comme une bibliographie et les dernières actualités en matière de pesticides sont également disponibles.

On apprend qu'en 2007, en région Centre, 180 unités de distribution (UDI) d'eau potable désservant 369 668 habitants, soit 15,1% de la population ont fourni une eau dont la teneur a dépassé au moins une fois l'exigence de qualité de 0,1µg/l. La réglementation prévoit que dès lors qu'un produit phytosanitaire excède la limite de qualité de 0.1µg/l, il induit le déclassement de l'unité de distribution correspondante. Sur ces 180 UDI, 35 d'entres elles alimentant 24 903 habitants ont fait l'objet en 2007 d'une interdiction de consommation. (Source : Drass )

Qualité des cours d''eau en Ardèche

Les stations "eaux superficielles" présentent en 2006 (tout comme en 2005) une bonne à très bonne qualité vis-à-vis des pesticides. La situation est en amélioration par rapport aux années précédentes sur les stations de l'Eyrieux et de l'Ouvèze. Le Doux continue d'enregistrer comme en 2005 une très bonne qualité. Seule la station située sur l'Ardêche voit sa qualité  se dégrader d'une classe en 2006, malgré cela, sa qualité reste bonne. La qualité sur le Rhône à Charmes est en dégradation alors que la qualité étaient bonne jusqu'alors (de 2002 à 2005).

Pour les eaux souterraines, le bilan général est mitigé : une station maintient son médiocre niveau de qualité tandis que les 3 autres points (dont 2 nouveaux suivis) soulignent des eaux de bonne qualité pour l'usage  eau potable . Toutefois, on observe globalement une amélioration de qualité selon l'usage patrimonial sans atteindre le niveau de qualité de 2004 (station du "Puits des terres carrés sud"). Les deux nouveaux points présentent une eau exempte de toute pollution (mesurée) et de très bonne qualité patrimoniale (eau proche de son état naturel). (Source : Région Rhône-Alpes)

A noter le lancement vendredi 20 mars de la semaine sans pesticides. Des collectivités, des entreprises, des associations et bien d’autres acteurs mettent en place, partout en France mais aussi dans le monde, des conférences, des projections de films, des débats, des expositions ou encore des spectacles, des sorties sur le terrain, des visites et portes ouvertes en jardins ou exploitations agricoles… Objectif : trouver des alternatives aux pesticides. Consulter la carte des manifestations. - Voir notre rubrique agenda -

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