Manger bio, c'est bien. En être sûr c'est mieux

mardi 27 octobre 2009 Écrit par  Claire Goujon-Charpy

Femme mangeant des pâtesLe bio est d’abord une façon de manger sain en tournant le dos aux pesticides, antibiotiques et autres fongicides. Mais pouvons-nous vraiment être sûrs que le contenu de notre assiette est réellement bio ?

Nous sommes de plus en plus nombreux à consommer des aliments bio. Première motivation : préserver notre santé. Le label français AB et son équivalent européen « agriculture biologique » garantissent que l’aliment contient au moins 95% d’ingrédients issus de l’agriculture biologique, c’est-à-dire cultivés ou élevés sans produits chimiques de synthèse. Mais jusqu'où s'exerce cette garantie ? Quelle est la bonne attitude pour limiter les risques de manger du bio pas tout à fait bio ? 

Les produits bio peuvent-ils être pollués par leur environnement ?

Un environnement pollué peut contaminer des cultures bio, du fait du vent ou des eaux de ruissellement. Là, c’est la vigilance des contrôleurs et des certificateurs qui va permettre d’éviter la mise sur le marché de produits pas aussi sains que le consommateur pourrait le souhaiter. Selon Antoine Faure, responsable de certification chez Ecocert, "il nous est arrivé de ne pas pouvoir agréer une exploitation agricole située sur un ancien site minier... L'environnement immédiat est pris en compte dans l'analyse de risque, par exemple dans des zones proches d'incinérateurs, on a la possibilité de faire des prélèvements et notre rôle de certificateur est d'imposer des obligations de moyens pour éviter toutes les molécules indésirables, et si les moyens mis en oeuvre ne sont pas suffisants, nous concluons que la certification n'est pas possible".

Aussi sur DDmagazine

Alimentation : décryptage des labels bio

Ce qu'il faut savoir sur les cosmétiques

Les restaurants à la sauce écolo

Quelle dose d'uranium dans votre eau minérale ? 

La vérité sur les crèmes solaires

Notre conseil : on comprendra que cette démarche a ses limites parce la présence de polluants dans les sols ou dans l'air n'est pas toujours établie. La nocivité de substances dispersées dans l'environnement par des installations industrielles et les limites maximales de résidus acceptables font aussi souvent l'objet de controverses. Une seule solution : devenir un consommateur intelligent et acheter des produits dont la provenance précise est connue. Ainsi vous pourrez choisir entre du basilic arrosé par l'eau du Rhône ou par l'eau de la Durance, du beurre de Poitou-Charentes ou du beurre de Normandie. Notre article "Est-ce pollué près de chez vous ?" peut vous aider à trouver des réponses. Cette démarche montre que manger bio engage une réflexion environnementale et sociétale à l'échelle de la planète qui dépasse de loin l'alimentation.

Les produits importés sont-ils contrôlés ?

L’Agence Bio, groupement d’intérêt public en charge du développement de l’agriculture bio, estime pour la France à 30% la valeur des produits bio importés en 2008. Un tiers environ seraient des produits exotiques (agrumes, café, thé, cacao…). Le manque d’informations concernant les règles appliquées dans certains pays en matière de production et de contrôle a conduit la Commission européenne à dresser une liste provisoire des pays dans lesquels les règles en matière d’agriculture biologique sont équivalentes (cette liste sera progressivement complétée par des listes d’organismes certificateurs directement reconnus et supervisés par la commission). Les pays non inscrits sur cette liste doivent prouver qu’ils utilisent des règles de production associées à des contrôles efficaces. Les demandes d’autorisation d’importation sont alors faites au cas par cas. 

paysans dans une rizièreNotre conseil : le crime organisé et la corruption ne peuvent pas faire bon ménage avec le bio. Pour en savoir plus sur le pays d'où provient votre café, votre riz, ou votre chocolat bio, vous pouvez consulter Tansparency International et le CIA World Factbook. Dans le cas de pays d'origine affectés par la pauvreté, nous vous conseillons la double labellisation, "Commerce équitable" et Bio. Préférez des produits qui viennent de zones ou on pratique encore une agriculture familiale, par exemple les zones de montagnes par opposition aux grands plaines. Manger bio c'est aussi faire de la géographie. N'hésitez pas à utiliser Google Earth pour voir d'où vient votre thé préféré et Wikipedia pour vous renseigner sur le climat de la zone.

Les produits locaux sont-ils meilleurs ?

Une chose est sûre : un produit qui voyage consomme du fioul, de la manutention, de l'emballage, peut-être de la réfrigération. Un produit frais qui vient de loin, n'aura pas été cueilli à sa maturité optimale. Pour manger bio et avoir un comportement écologique responsable, le mieux est de manger local, si possible des produits bruts. Un paquet de biscuit par exemple peut nécessiter l’importation de nombreux ingrédients, ce qui est compliqué à contrôler et assez moyen au niveau du bilan carbone (voir l’article "AB comme Agriculture Biologique : les secrets du label bio ") donc, une tartine de confiture de fraise bio, cultivée dans le coin, sur une tranche de pain bio de votre boulanger, c’est mieux. 

Notre conseil : essayer d'acheter des produits qui affichent le nom et l'adresse du producteur (miel, confitures, yaourts, fromages, légumes...). Faites le marché et priviliégiez les stands de producteurs. N'hésitez pas à téléphoner au producteur d’un produit que vous avez trouvé succulent, histoire de le féliciter. On ne fait pas du bio par hasard. Vous ferez un heureux qui vous donnera peut-être même des détails sur son mode de fonctionnement. Le bio, c'est aussi un lien social, une façon de vivre ensemble.

Y-a-t-il des OGM dans le bio ?

Dans la réglementation qui s’applique à toute l’Europe depuis le 1er janvier 2009, les principes fondamentaux du bio sont préservés, cependant, les ministres européens de l’agriculture ont décidé de tolérer une pollution transgénique jusqu’à 0,9 % des produits, parce qu‘ils considèrent cette pollution comme inévitable. Par ailleurs, le nouveau règlement autorise les pays européens à tolérer des pratiques exceptionnelles moins exigeantes, comme la mixité bio non-bio des exploitations sous certaines conditions. Un nouveau logo européen bio deviendra obligatoire à partir de juillet 2010. Le logo AB, lui, est facultatif et le restera.

Existe-t-il des labels plus stricts ?

D’autres labels correspondent à des organismes privés et indépendants, qui ne sont pas liés au Ministère de l'Agriculture, mais qui ont leur propre cahiers des charges et moyens de contrôle. Certains obéissent à des règles très strictes, comme Nature et Progrès ou encore Demeter. Les cahiers des charges Nature & Progrès ne considèrent pas uniquement le produit ou son mode de production mais aussi la démarche et les motivations du producteur. Pas question, par exemple, de certifier les producteurs qui n'envisagent pas une conversion totale de leur exploitation... Quant à Demeter, c’est un logo qui est apposé sur les produits répondant au cahier des charges de la culture biodynamique. Il s’agit d’une agriculture bio assortie d'une démarche plus spirituelle visant à une meilleure compréhension de la nature profonde de la plante, de l'animal et de l'homme ainsi que de leurs rapports.

Notre conseil : le meilleur label c'est la relation de confiance que vous aurez établie avec votre fournisseur. De nombreux produits sont biologiques par nature, et n'ont pas besoin de label. C'est le cas de nombreux fromages, du poison sauvage, du miel, de viandes de bêtes élevées de façon extensive sur de grands espaces.

Y-a-t-il des fraudes ?

Un communiqué de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) du 5 janvier 2009, rapporte les résultats des contrôles de pesticides dans 5412 échantillons de produits d'origine végétale, dont 67 % d'origine française et 18% d'autres états de l'Europe (ce communiqué n'est plus en ligne). Il indique que sur 256 échantillons issus de l'agriculture biologique, 3,1 % ne sont pas en conformité. Mais le magazine Agriculture et environnement (défenseur de l'agriculture conventionnelle, ndlr) explique que le chiffre de 3,1 % correspond au pourcentage des échantillons bio qui dépassent la limite maximale en résidus (LMR), limite établie pour les produits issus de l'agriculture conventionnelle. En fait, selon Agriculture et environnement, qui dénonce un tour de passe-passe, la lecture du rapport de la DGCCRF montre que 20,7% des échantillons de produit bio contenaient des pesticides.

L’association Bio Consom’acteurs

Des consommateurs se sont regroupés au sein de l’association Bio Consom’acteurs afin de se faire entendre des pouvoirs publics.
Il ne s’agit pas d’une association consumériste supplémentaire proposant des test comparatifs, mais bien d’une association de citoyens qui par leurs engagements, souhaitent favoriser des pratiques agricoles et la fabrication de produits respectueux des hommes, des animaux, des sols et de la Terre

On trouvera dans le rapport 2007 de l'EFSA (Agence européenne de sécurité alimentaire) sur les résidus de pesticides cette phrase étonnante (page trois) : "Aucune limite maximale de résidus (LMR) n'a été établie pour les produits de l'alimentation biologique. Aussi ce sont les limites maximales de l'agriculture conventionnelle qui s'appliquent. De manière générale, les fruits, légumes et céréales issus de l'agriculture biologique font moins l'objet de dépassements des LMR (1,4 % des cas) que leur homologues issus de l'agriculture conventionnelle ( 3,99% des cas)".

Interrogée par notre rédaction la DGCCRF précise qu'elle vérifie les allégations relatives à l’agriculture biologique inscrites sur l’étiquetage des produits et dans les publicités et les modalités d’utilisation de la marque collective de certification « AB ». Des contrôles s’effectuent notamment par le biais d'enquêtes nationales et par des prélèvements aléatoires ou ciblés pour rechercher la présence de résidus de pesticides dans les fruits et légumes et les céréales. Depuis 2007, des contrôles spécifiques ont lieu en ce qui concerne les OGM en agriculture biologique. Ces contrôles ont pour but de s’assurer de l’absence d’utilisation de produits de traitement interdits, d’OGM et dérivés dans les produits biologiques.

En ce qui concerne les seuls résidus de pesticides. La DGCCRF a effectué 293 prélèvements en 2007 et 262 en 2008 avec respectivement des taux de non-conformités de 10,6% et 7,3%. Les non-conformités relevées sont principalement dues à la détection de résidus de produits de traitement après récolte, interdits en agriculture biologique. Les produits les plus concernés par les non-conformités sont les céréales (Source DGCCRF).

Notre conseil : soyez encore plus exigeants sur l'origine bio des produits de consommation quotidienne : la farine du blé dont on fait votre pain, les pâtes, le riz, les pommes de terre. Ajoutez le vin et le café à la liste si vous êtes grand consommateur. N'oubliez pas l'eau qui peut être considérée comme potable et bourrée de pesticide( voir notre article).

2 Commentaires

  • Lien vers le commentaire jeudi 21 avril 2011 Posté par lol

    L'association Bio Consom'acteurs

    Des consommateurs se sont regroupés au sein de l'association Bio Consom'acteurs afin de se faire entendre des pouvoirs publics.
    Il ne s'agit pas d'une association consumériste supplémentaire proposant des test comparatifs, mais bien d'une association de citoyens qui par leurs engagements, souhaitent favoriser des pratiques agricoles et la fabrication de produits respectueux des hommes, des animaux, des sols et de la Terre

  • Lien vers le commentaire mardi 20 juillet 2010 Posté par Hélène Jacques

    a lire : "Manger bio c'est bien si" de Hugues Toussain
    Alors que la consommation de produits de l'agriculture biologique augmente de plus de 10 % par an, la production stagne. Les pouvoirs publics se sont engagés, suite au Grenelle de l'environnement, à  favoriser les pratiques agricoles plus respectueuses de l'environnement, mais aussi à  encourager la consommation de produits biologiques dans la restauration collective publique.
    Le grand public et la majorité des nouveaux consommateurs bio sont toutefois encore bien mal informés de ce que recouvre exactement le terme « bio ».
    Il s'agit donc de revenir sur certains malentendus dans un livre qui n'est ni un pamphlet polémique ni un panégyrique sectaire mais qui, après un état des lieux de la situation actuelle, fournit tous les arguments en faveur d'une consommation informée et responsable des produits de l'agriculture biologique 13,50 eur. Chez Vuibert

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer votre nom.
Le code HTML n'est pas autorisé.