Spécial COP15 - Le Danemark, une carte postale DD
Écrit par : Marc Maior dans société, Copenhague le 5 décembre 2009
De notre envoyé spécial à Copenhague - Pays hôte de la conférence COP15 sur le changement climatique, le Danemark a une image DD de pointe. Mais quid de sa réelle performance environnementale ?
Comme les cartes postales françaises montrent les Champs Elysées en occultant la banlieue parisienne, l’image projetée par le Danemark dans le domaine du développement durable montre ses réels succès sans les tempérer par certaines faiblesses criantes. De même, son gouvernement et sa ministre de l’environnement, pères fouettards des consciences environnementales mondiales, ont plutôt freiné le développement durable au Danemark depuis leur arrivée au pouvoir.
Deux réussites remarquables du Danemark : le développement de l’éolien, et celui des déplacements en vélo. Deux faiblesses : la part du charbon dans la génération d’électricité, la plus élevée d’Europe occidentale, et l’absence de politique en faveur des économies d'énergie, qui fait du Danemark le plus mauvais élève de Scandinavie en termes de consommation par habitant.
Eolien : premier de la classe
Une politique fiscale en faveur de l’énergie éolienne fait du Danemark le premier pays du secteur, avec 19,7% (Source : International Wind Power Association) de son électricité générée par le vent en 2007. En kWh produits par habitant, le Danemark fait deux fois mieux que l'Espagne, qui vient juste derrière, et 25 fois la moyenne mondiale. Cette politique est exemplaire à deux titres. Faisant du Danemark un précurseur, elle donne naissance au numéro un mondial du secteur, Vestas, et génère plus de 150 000 emplois dans les énergies renouvelables, et ce pour un pays de 5 millions d’habitants. Le problème est que cette politique a été mise en place par un gouvernement social démocrate en 1994, et qu’elle a été largement critiquée depuis 2001 par le gouvernement conservateur actuel. Résultat: aucune augmentation de la capacité éolienne depuis 3 ans.
Pour autant, à l'instar de la France et du développement du nucléaire dans les années 1970, le Danemark a montré qu’un état pouvait changer radicalement sa politique énergétique pour limiter sa dépendance internationale tout en favorisant son économie au travers du développement d'un secteur industriel.
L'automobile hypertaxée
En matière de transport, la politique Danoise se traduit par un pari iconoclaste unique au monde : les voitures sont l'objet d'une TVA de 200% (25,6% pour les autres produits) ! Une Volkswagen Golf de base se paie donc 50 000 euros. Voilà qui calme toute ardeur automobile, et avec 418 voitures pour 1000 habitants, le pays est le mieux classé des pays développés (la France est à 491 voitures pour mille, le voisin suédois à 461.) D'où ces embouteillages de vélos à l’heure de pointe dans les villes danoises, charmant et impressionnant pour un pays au climat ingrat. Bel exemple d'une politique claire en faveur de l’environnement, et de son impact.
Mais je marche au charbon
Les réussites du Danemark sont obscurcies par un autre domaine où il est leader : le charbon. De tout l'Europe occidentale c'est le pays le plus dépendant du charbon. Associé à une étonnante absence de politique en faveur de l’isolation (les maisons sont de véritables passoires énergétiques), cela se traduit par une mauvaise performance en termes d’émissions de CO2 : 9,2 tonnes de CO2 émises par an et par habitant, contre 5,8 pour la France et 5,1 pour la Suède dont le climat est bien plus rigoureux.
Le Danemark est donc effectivement un exemple de politique de développement durable. Mais en dehors de quelques succès qui lui valent une image idéalisée, l’absence d’une politique globale cohérente laisse une performance environnementale médiocre.
Crédits photos (dans l'ordre) : Alberto Rey, negu @Flickr. Blaine O'Neill, blaineo @Flickr. Erik Barfoed, ewixx @Flickr

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