Habitat collectif ou maison individuelle ?

samedi 13 février 2010 Écrit par  Yves Heuillard

lotissement de maisons individuelles

En France, le développement des maisons individuelles a consommé de l'ordre de 500 000 hectares d’espaces naturels de 1992 à 2008. Ce sont pour l’essentiel des terres agricoles.

Les chiffres que nous citons sont ceux publiés par Agreste (service de la satistique agricole du ministère de l'agriculture), sur la base de l'étude Teruti-Lucas(1), qui fait une analyse statistique de l’occupation du territoire métropolitain. La dernière étude Teruti-Lucas, montre que 170 000 hectares de terres agricoles ont été artificialisés entre 2006 et 2008, dont 104 000 pour l'habitat. En moyenne ce sont plus de 60 000 hectares de terres agricoles qui sont artificialisés chaque année, soit la surface d'un département comme la Seine-Maritime, tous les 10 ans.

maisons lofts de chantepie
Les Lofts de Chantepie, près de Rennes, sont un bon exemple de réponse à la demande d'économie
du foncier, et aux exigences environnementales. Promoteur : Heilidis. Architecte : Eric Lenoir.
Photo : Adeupa de Brest.

L’expansion démographique, avec son exigence de logements et d’infrastructures, en est l'une des principales causes mais n'explique pas tout. L'engouement pour un habitat individuel dont la surface s’agrandit au fil des ans, pour finalement accueillir moins de personne (en moyenne 2,3 individus par maison en 2006 contre 2,7 en 1984) ajoute au phénomène. Il a consommé a lui seul de l'ordre de 1% de l’espace naturel de 1992 à 2008.

Où est le problème ?

L'artificialisation des sols, qui n'est pas nouvelle, commence à susciter intérêt et préoccupation. A juste titre, car nous bétonnons de bonnes terres à blé, dans un contexte de progression de la désertification, par exemple en zone méditérannéenne ou en Afrique, alors même que nous peinons à nourrir le monde. A juste titre encore, car urbanisation et biodiversité progressent en sens opposé (quoique cette question est plus complexe qu'il n'y paraît).

Deux remarques cependant. En 2008, le territoire français est principalement occupé par des sols cultivés ou toujours en herbe (51 %), et par des sols boisés (31 %). Les sols artificialisés (bâtis, urbanisés, recouverts) couvrent 9,4 % du territoire. Le paysage français, reste donc essentiellement agricole, mais depuis 2008 la forêt française ne progresse plus pour la première fois depuis plus d'un siècle (2).

maisons en bande en Suisse.
Les maisons en bande, permettent de concilier le besoin de densificaton et le désir de maison.
Ici, le lotissement de Arlesheim en Suisse, construit par Proplanning Architectes.

On montre du doigt la maison individuelle, parce qu'elle représente la moitié des surfaces artificialisées sur la période, et on oublie assez facilement l'autre moitié, la construction de nouvelles infrastructures routières, d'équipements de loisirs, d'aéroports, de centres commerciaux, etc. En tout ce sont donc près de 1 million d'hectares, 10 000 km² qui sont articialisés entre 1992 et 2008.

Ce chiffre est à comparer avec une autre forme d'artificialisation, réversible toutefois, que représente la mobilisation des terres pour produire des biocarburants. Rappelons que des objectifs ambitieux ont été fixés en France pour incorporer 7 % de carburants dits "verts" en 2010 et 10 % en 2015. Résultats : entre 1,5 et 2 millions d'hectares de bonnes terres sont alloués (3) à la production de plantes énergétiques (colza et tournesol pour le diester incoporé au gasoil, betterave et blé pour l'éthanol incorporé à l'essence). Le logement individuel dans sa globalité occupe 2 millions d’hectares y compris les dépendances et jardins, et 500 000 hectares pour les seules maisons, toujours selon l'enquête Teruti.

Alors que faire ?

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Nous avons les solutions : il faut proposer un habitat collectif, ou "moins individuel" en lieu et place de la maison avec jardin, construire des villes à la campagne plutôt que des villages en périphérie des villes. Et si nous manquions d'imagination, nous pourrions toujours lorgner vers nos voisins, scandinaves, allemands, ou suisses.

Facile à dire, mais moins facile à réaliser. Pour plusieurs raisons : la très mauvaise image du collectif entretenue par une qualité de construction souvent médiocre ; une architecture et un urbanisme fonctionnel, déconnecté des aspirations des citoyens ; des objectifs de rentabilité de la construction dans lesquels les paramètres d'efficacité sociale, passent à l'arrière plan ; un sens civique, autrement dit une aptitude à vivre ensemble, en déshérence. Des élus qui, quand ils ne manquent pas d'ambition, ne sont pas toujours suivi par la population, et sont contraints par un cadre réglementaire rigide. Enfin, dernier point mais pas le moindre, une spéculation sur le passage de terres agricoles en terrains à bâtir qui offre des coefficients multplicateurs de prix allant jusqu' à 1000.

petit-collectif.jpg
En Suisse, la rareté des terres arables, aboutit à la construction de quartiers denses en pleine campagne

Plusieurs voies semblent intéressantes : la coopérative de construction, ou l'autopromotion, dont l'objectif est de rassembler un groupe de personnes autour d'un projet de construction commun, choisi par tous. Si le groupe est suffisament important on peut rêver à la création de villes nouvelles de plusieurs centaines de milliers d'habitants dans des zones de faible densité de population et sur des terres de faible valeur agricole.

Des mécanismes de nationalisation du foncier pour éviter la spéculation sont parfois évoqués. Il faut chercher dans cette direction, tout en préservant l'incitation naturelle à vendre. Edgard Pisani (ministre sous Charles de Gaulle, député, puis sénateur) recommandait des offices fonciers achetant les terres pour la collectivité (voir son ouvrage son ouvrage Utopie foncière, qui vient d'être réédité).

Enfin, à côté du petit collectif et des maisons en bandes qui sont des réponses architecturales possibles à l'économie de foncier en zone rurale, il est souhaitable de revenir à des villages dont les maisons sont accolées pour former des rues, avec des commerces, des places, des bistrots, et, révons encore un peu, des automobiles laissées en périphérie...

Sources et références

(1) Enquête Teruti-Lucas 2008
La maison individuelle grignote les espaces naturels : des territoires de plus en plus artificialisés

(2) La forêt ne gagne plus de terrain en France (Le Monde du 8 février 2010)

(3) Quelles surfaces pour les carburants verts :1,8 million d’hectares nécessaires pour le colza énergétique d’ici 2010

Les paysages agricoles se redessinent : moins imbriquées, cultures et prairies reculent devant l’artificialisation.

Raja Chakir et Anne-Claire Madignier, « Analyse des changements d’occupation des sols en France entre 1992 et 2003 », économie rurale [En ligne], 296 | Novembre-décembre 2006, mis en ligne le 29 octobre 2009, Consulté le 13 février 2010. URL :

Des maisons en lots libres sur petites parcelles ( document de l'Agence d'urbanisme et de développement intercommunal de l'agglomération rennaise)

Photo d'ouverture : Agence d'Urbanisme de la Région Mulhousienne

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