RT 2012 : comprendre la nouvelle réglementation thermique

mardi 02 novembre 2010 Écrit par  Nicolas Sivan

construction de logements collectifs passifs en Suisse

« Une consommation d’énergie primaire inférieure à 50kWh/m².an en moyenne » pour tous les bâtiments neufs, principal objectif de la réglementation thermique 2012 (RT 2012) dixit Jean-Louis Borloo. éclaircissements sur un texte pour le moins technique. (Photo DDmagazine)

Selon notre ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer, « le rôle de l’Etat est de fixer les objectifs à atteindre avec très peu d’obligations de moyens, contrairement à la RT 2005 [la réglementation thermique qui régit la construction des bâtiments neufs depuis 2005, ndlr], mais ces derniers doivent être par la suite la préoccupation des professionnels ». M. Borloo annonce clairement la nouveauté : la RT 2012 impose des objectifs, mais à quelques exceptions près, laisse libre des moyens pour y parvenir. Le saut effectué par cette nouvelle réglementation thermique est considérable.

Objectif : 50 kWh/m².an

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Actuellement plafonnée à 130 kWh/m².an en moyenne (ou 250 kWh/m².an quand le chauffage est électrique), la consommation maximale moyenne sera limitée à 50 kWh/m².an pondérée en fonction de la localisation géographique, de l’altitude, du type d’usage du bâtiment, de sa surface, et des émissions de gaz à effet de serre des équipements. Le mètre carré dont il s'agit ici est le mètre carré Shon, le kWh est un kWh d'énergie primaire.

C'est le standard des bâtiments basse consommation Effinergie-BBC qui a servi de base à cette nouvelle réglementation.

D'après les calculs officiels la réduction de la consommation d’énergie primaire liée a la RT2012 serait de 150 milliards de kWh entre 2013 et 2020 et la réduction des émissions de CO2 entre 13 et 35 millions de tonnes de CO2 (selon la méthode de calcul) entre 2013 et 2020.

La formule magique

Voici donc la formule fixée par l'Arrêté du 26 octobre 2010 publié au Journal Officiel du 26 octobre 2010. Elle détermine le Cepmax, autrement dit  la consommation d'énergie primaire maximale par m² Shon, en fonction de paramètres liés à la nature du bâtiment, sa localisation, et ses sources énergétiques.

Cepmax tient compte des consommations de chauffage, éventuellement de refroidissement, d’éclairage, de production d’eau chaude sanitaire et celles des équipements auxiliaires (pompes et ventilateurs), soit deux usages supplémentaires par rapport à ceux pris en compte dans la RT 2005.  

Le calcul se fait en énergie primaire. Les combustibles fossiles et le bois se voient attribuer un coefficient égal à 1, l'électricité un coefficient de 2,58 (pour 1 kWh consommé au compteur, ce sont 2,58 kWh qui sont pris en compte). En revanche l'énergie produite localement par des panneaux solaires thermiques ou photovoltaïques ne peut être déduite que dans la limite de 12kWh/m².an.

Cepmax = 50 × Mctype × (Mcgéo + Mcalt + Mcsurf + McGES)

Mctype = coefficient de modulation en fonction du type de bâtiment. Ce coefficient est prépondérant, il peut tout changer. D'une certaine façon il dénature le projet initial. Mctype est de 1 et 1,2 pour les habitations selons qu'elles sont climatisées ou pas ; 1,4 et 2,2 pour les bureaux. Néanmoins, même pour les bureaux climatisés, 110kWh d'énergie primaire représentent un saut qualitatif gigantesque par rapport à l'existant.

zones climatiques définies pour la réglementation thermiqueMcgéo : coefficient en modulation selon la situation géographique. (carte ci-contre) 

Mcalt : coefficient de modulation selon l'altitude. trois paliers : 0 à 400 m - plus de 400 à 800m - et plus de 800m.

Mcsurf : coefficient pour tenir compte de la surface des logements (ne pas pénaliser les petits logements, pénaliser les très grands). Pour les maisons individuelles les paliers sont situés à 120m², 140m² et 200m². Entre 120 et 140m² ce coefficient n'a pas d'influence. Pour les appartements les paliers sonts situés à 40, 80, 100 et 150m², la zone ou le coefficient n'a pas d'influence est située entre 80 et 100m².

McGES: coefficient de modulation selon les émissions de gaz à effet de serre. (le coefficient est égal à 0 sauf pour le bois (0,3) et pour le chauffage par réseau de chaleur (de 0 à 0,3 selon les réseaux).

Pour quand ?

Selon le decrét publié au J.O le même jour que l'arrêté, La RT 2012 s’appliquera, à partir du 28 octobre 2011, aux bâtiments neufs à usage de bureaux ou d'enseignement, aux bâtiments d'accueil de la petite enfance ainsi qu'aux logements des zones prioritaires de rénovation urbaine. L'obligation sera étendue aux bâtiments neufs à usage d'habitation, le 1er janvier 2013. Le seuil de consommation à ne pas dépasser est augmenté temporairement de 15% (7.5 kWhEP/m².an) dans le logement collectif, jusqu'au 1er janvier 2015.

Deux autres paramètres clés

Pour jauger les capacités thermiques d’une nouvelle construction la RT2012 propose d’utiliser deux coefficients : un coefficient Bbio qui indique la qualité energétique du bâti. nous reviendrons sur la méthode de calcul. Pour faire simple, Bbio valorise la capacité du bâtiment à minimiser les déperditions de chaleur, à profiter des apports solaires, à garantir une bonne performance d'été, avant même de considérer les équipements thermiques. Bbio valorise notamment le niveau d’isolation, la mitoyenneté et la conception bioclimatique (accès à l’éclairage naturel, captage du soleil grâce à un maximum de surfaces vitrées orientées au Sud). Elle remplace le coefficient Ubat du référentiel BBC qui, à peu de choses près, ne prend en compte que l'isolation.

Le confort d’été est la dernière exigence à respecter. Il est représenté par une valeur nommée Tic : il s’agit d’une limite de température à ne pas dépasser en été, sans utiliser de système de refroidissement. La RT 2012 tente clairement de limiter l'utilisation de l’hyper consommatrice climatisation.

Afin d’assurer l’équité de la réglementation, et notamment de ne pas pénaliser les logements de petite surface, l’exigence est modulée en fonction de la surface du logement.

Obligations de moyens 

Obligation d'utiliser les énergies renouvelables pour les maisons individuelles. Le maître d'ouvrage doit opter pour l'une des solution suivantes :

- produire l’eau chaude sanitaire à partir d’un système de production d’eau chaude sanitaire solaire thermique, doté de capteurs solaires disposant d’une certification CSTBat ou Solar Keymark ou équivalente. Le logement est équipé a minima de 2 m² de capteurs solaires permettant d’assurer la production d’eau chaude sanitaire, d’orientation sud et d’inclinaison entre 20° et 60° ;

- ou bien, être raccordé à un réseau de chaleur alimenté à plus de 50 % par une énergie renouvelable ou de récupération ;

ou bien démontrer que la contribution des énergies renouvelables au Cep du bâtiment, est supérieure ou égale à 5kWhEP/m².an (méthode de calcul à préciser par arrêté).

En alternative à ces trois solutions le maître d’ouvrage peut :

– recourir à une production d’eau chaude sanitaire assurée par un appareil électrique individuel de production d’eau chaude sanitaire thermodynamique, ayant un coefficient de performance supérieur à 2 ; 

– recourir à une production de chauffage et/ou d’eau chaude sanitaire assurée par une chaudière à microcogénération à combustible liquide ou gazeux, dont le rendement thermique est supérieur à 90 % (PCI).

Etanchéité à l'air, isolation thermique, ponts thermiques 

Pour les maisons individuelles ou accolées et les bâtiments collectifs d’habitation, la perméabilité à l’air de l’enveloppe sous 4 Pa (nommée Q4Pa-surf) est inférieure ou égale à : 0,60 m3/h.m2 de parois déperditives, hors plancher bas, en maison individuelle ou accolée. 1,00 m3/(h.m2) de parois déperditives, hors plancher bas, en bâtiment collectif d’habitation.

Les parois séparant des parties de bâtiment à occupation continue de parties de bâtiments à occupation discontinue doivent présenter un coefficient de transmission thermique, U, tel que défini dans la méthode Th-BCE 2012, qui ne peut excéder 0,36 W/(m2.K) en valeur moyenne. De plus l'arrêté précise des valeurs maximale à ne pas dépasser pour ponts thermiques entre murs intérieurs et planchers et murs extérieurs. Il précise également, pour les logements, une surface minimale de baies en proportion de la surface habitable, et l'obligation de protection solaire pour le confort d'été.

Les conséquences pratiques

La RT2012 induit forcément une amélioration drastique de la conception et de l'isolation du bâtiment et une valorisation des systèmes de chauffage les plus performants (chaudières à condensation, pompe à chaleur, chaudières à bois). Il faut s'attendre à une généralisation du chauffe-eau thermodynamique (avec une pompe à chaleur donc), des capteurs solaires thermiques et à une optimisation de l'éclairage. Dans les régions les plus froides, le triple vitrage et la ventilation double-flux s'imposeront.

L'aspect écononomique

Maison basse consommation : économies sur 20 ans
Ecart de coût ( construction + consommations) sur 20 ans pour une maison individuelle de 110m² habitables.
Source : simulation du Ministère de l'écologie.

Les simulations fournies par le Ministère de l'écologie font état d'une augmentation du coût de la construction compris entre 5 et 11 % suivant le type de logement ( individuel, collectif), suivant sa surface, et suivant les choix technologiques pour le bâti et les équipements thermiques. Sur 20 ans, l'économie réalisée, serait de l'ordre de 5000 euros pour le collectif et de 15 000 euros en maison individuelle. Toujours d'après les simulations officielles, l'electricité serait privilégiée.

Ce qu'en pensent les professionnels

Dans le milieu du bâtiment, cette Réglementation Thermique 2012 s'annonce comme une petite révolution. Tout le secteur va devoir s'adapter aux nouvelles ressources nécessaires à son application. Pour Yves Monnot, architecte associé du cabinet Canale 3 à Paris, c'est « un pas en avant formidable ». Impliqué dans la construction passive depuis un certain temps, il voit cette RT 2012 comme « une réforme nécessaire de la construction... Quelque chose qu'on attendait et qui arrive enfin ». Certains reprochent à cette réglementation de ne pas être assez dure, mais pour Yves Monnot, « on a besoin de ce palier. Si on arrivait déjà à faire du BBC, ça serait bien ». Il s'appuie sur un argument convaincant : « En realité on divise la consommation par trois, quatre voire 5 par rapport à la RT 2005. Il y a donc un très gros progrès qui est fait ».

Pour Bernard Laffaille du cabinet Arietur (Pas de Calais), qui bénéficie déjà d'une longue experience de la construction basse consommation, les objectifs de la RT 2012 vont entraîner des changements certes énormes, mais qui ne sont pas suffisants : « nous on applique déjà depuis longtemps ce que prévoit la RT2012. Par exemple, on est aujourd'hui sur un projet de 70 logements collectifs avec l'objectif de ce que sera la RT2020 (quasi passif, ndlr). En ce qui concerne les pompes à chaleur, je recommande des coefficients de performances supérieurs à 4, le risque étant que l'augmentation des coûts de l'electricité réduisent au fil du temps l'avantage de cette solution ».

Sources utilisées dans cet article
Arrêté du 26 octobre 2010 relatif aux caractéristiques thermiques et aux exigences de performance énergétique des bâtiments nouveaux et des parties nouvelles de bâtiments - Texte 7 du Journal Officiel Mercredi 27 octobre 2010 / N° 250

Décret no 2010-1269 du 26 octobre 2010 relatif aux caractéristiques thermiques et à la performance énergétique des constructions - Texte 2 du Journal Officiel Mercredi 27 octobre 2010 / N° 250

facteurs de conversion des kilowattheures finaux en émissions de gaz à effet de serre. Annexe 4 du texte 10 du Journal Officiel du 28 septembre 2006 / N° 225

Facteurs de conversion en kilowattheures des énergies relévées. Annexe 3.1 du texte 10 du Journal Officiel du 28 septembre 2006 / N° 225

 

 

5 Commentaires

  • Lien vers le commentaire dimanche 16 juin 2013 Posté par peter

    Rien contre de consommer moins d'energie, au contraire, seulement, comme d'habitude, cette reglementation ne tient pas compte des constructions alternatives, des maisons enterrés avec des petites ouvertures, trés bien en été et peu de perte en hiver, il faut quand même trouvé plus de 16% de vitrage, quasi impossible si on veut garder le caractère de la maison, je pouvait être autonome en energie, pas d'EDF. et chauffage bois, mais cela me dispense pas de ces règles, quelqu'un a peut être une solution?

  • Lien vers le commentaire mardi 07 février 2012 Posté par Tom

    Entre ce qu'annoncent les chiffres du ministère de l'environnement et la réalité, il y a semble-t-il un fossé, on serait plutôt de l'ordre de 10 à  15% apparemment... du coup, 15000 euros d'économisés en 20 ans semblent bien faibles. Maintenant, en ces temps de grands froids, je peux vous assurer que vivre dans un appart BBC change la donne.

    Au passage, un dossier intéressant sur la [url=http://www.schneider-electric.fr/sites/france/fr/support/reglementation/rt2012/rt2012-tenez-vous-prets.page]RT2012[/url] pour en savoir plus.

  • Lien vers le commentaire mardi 02 novembre 2010 Posté par Armand

    Juste en intro, pour répondre à  Umwelt : il va falloir m'expliquer comment va fonctionner une PAC air-air par -20°C dehors en pleine nuit en hiver, et accessoirement quel sera son COP.

    Puisque l'article est relancé, j'en profite pour ajouter une couche. l'auteur nous dit "[i]Le confort d'été est la dernière exigence à  respecter. Il est représenté par une valeur nommée Tic : il s'agit d'une limite de température à  ne pas dépasser en été, sans utiliser de système de refroidissement. La RT 2012 tente clairement de limiter l'utilisation de l'hyper consommatrice climatisation[/i]".

    Renseignez-vous auprès des professionnels : la Tic est une des grandes déceptions de la RT2012. Le progrès accompli nul. Aucune amélioration apportée à  un coefficient catastrophique, qui autorise des températures de confort théoriques dans certaines situations supérieures à  45°C !

    Il y a beaucoup d'autres points très désagréables dans cette RT212 . Un peu long à  développer ici, le site me refuse un article trop long..

    Avec la RT 2005, nous étions devant un gouffre d'incompréhension entre le législateur et les concepteurs de bâtiments performants.
    Avec la RT 2012, nous allons faire un grand saut en avant.

  • Lien vers le commentaire lundi 06 septembre 2010 Posté par Umwelt

    Je comprends votre scepticisme vis-à -vis de ces bonus énergétiques. Cependant, je suppose qu'ils sont motivés par la volonté de valoriser la production d'énergie renouvelable.

    Ceux qui font l'effort de produire de l'énergie sont récompensés. Certes, il vaut toujours mieux consommer moins, mais il faut aussi consommer local. Avec un apport solaire annuel de plus de 1000 kWh/m2*an, une toiture solaire pourrait produire autant, voire plus, d'énergie que ce qui est consommé.

    Votre installation PV va produire de l'électricité qu'elle va envoyer sur le réseau ; en hiver, une PAC pourra consommer cette électricité pour chauffer la maison. En fin de compte, vous n'avez consommé que l'électricité que vous avez produite, et "stockée" sur le réseau. Bilan de l'opération : neutre à  positif (en tenant compte du COP de la PAC)

  • Lien vers le commentaire vendredi 20 août 2010 Posté par Armand

    Je ne veux pas jeter le bébé avec l'eau du bain: tout pas en avant, même s'il est petit, est bon à  prendre dans ce domaine. Mais comme l'indique Bernard Laffaille, le club des électriciens a bien travaillé: la RT2012 va encore nous expliquer que l'économie d'énergie, c'est l'électricité.
    Plutôt que de valoriser les enveloppes de bâtiment les plus performantes, la RT2012 en reste à  une vision technologique du progrès: il ne s'agit pas de consommer moins, mais de favoriser les technologies qui permettent de croire qu'on consomme moins.
    Un exemple : en quoi une toiture photovoltaïque permet-elle de laisser croire qu'on consomme 12 kWh/mò en moins ? On a produit ces kWh localement, certes, mais du coup on a surtout autorisé une construction consommant 12 kWh/mò en plus, sous prétexte qu'elle a du PV sur le toit. Il reste à  expliquer comment cette installation PV va couvrir les besoins de chauffage en hiver ...

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