Les faucheurs de tournesols non-OGM sont-ils devenus fous ?
Écrit par : Yves Heuillard dans Recherche, comprendre, agriculture le 28 juillet 2010
Un groupe de députés UMP* a publié hier un communiqué intitulé « Destruction de champs de tournesols, une atteinte à la propriété privée ! ». Le communiqué précise : « aller détruire un champ de tournesols constitue une faute morale car le dialogue est toujours préférable à la violence, d'autant plus que ces tournesols dits "tolérants" sont très intéressants sur le plan de la santé publique et de l’agronomie ».
Selon le communiqué des députés UMP - qui n'explique pas ce que sont ces tournesols dits "tolérants" - ceux-ci seraient « une réponse du monde agricole à un problème de santé publique » car ils permettraient de lutter contre l'ambroisie « une plante très allergisante qui envahit notamment les champs de tournesol ». Les députés UMP considèrent que « le tournesol est une plante naturellement "Grenelle" puisqu'il est peu consommateur d’eau et répond aux enjeux climatiques actuels. Il est également un véritable garde-manger pour les abeilles et contribue ainsi au maintien de la biodiversité ».
Sauf à penser que les militants faucheurs de tournesols tolérants sont devenus fous, ils nous apparaît donc nécessaire de décoder ce communiqué.
Qu'est-ce qu'une plante tolérante ?
Il s'agit d'une plante qui a été sélectionnée pour sa capacité à résister à un pesticide (les pesticides incluent aussi les herbicides). Ce qui permet de traiter le champ à un moment plus tardif, quand la plante est déjà levée, et donc d'améliorer l'efficacité du traitement (parce que la plante cultivée, plus avancée, pourra mieux s'opposer à la concurrence des mauvaises herbes).
Est-ce un OGM ?
Tout dépend de la définition retenue pour le terme OGM. En pratique le tournesol tolérant est bien une plante dont le capital génétique a été modifié artificiellement. Mais la réglementation (variable selon les pays) définit le terme OGM de façon plus restrictive. En Europe, un OGM est une plante dans laquelle on a introduit un gène extérieur pour la modifier, c'est le principe de la transgenèse (transport d'un gène). Juridiquement le tournesol tolérant, n'est donc pas un OGM car la modification génétique n'est pas le fruit de la transgenèse, mais de la mutagenèse, une méthode diférente que nous allons expliquer.
Transgenèse, mutagenèse
Pour fabriquer des plantes tolérantes, on provoque artificiellement des mutations génétiques de la plante - en l'exposant par exemple à un rayonnement radioactif très intense - puis en sélectionnant parmi les plantes mutantes, celle qui offre la caractéristique recherchée. En l'occurrence, pour le tournesol résistant, la caractéristique recherchée est la résistance à un pesticide donné. La modification génétique est ici obtenue par mutagenèse. D'un point de vue sémantique, il s'agit bien d'un organisme qui a subi des modifications génétiques provoquées, donc un OGM. D'un point de vue réglementaire, la plante n'est pas considérée comme OGM, puisque la réglementation ne considère comme OGM que les plantes obtenues par transgenèse. Pour en savoir plus sur la mutagenèse on pourra se référer à ce TPE d'élèves de terminale.
Pour le reste, la plante mutée, bénéficie de la même protection industrielle que la plante OGM (brevet ou certificat d'obtention végétale, selon les pays) et elle est identifiable (même dans une boîte de conserve) par sa fiche génétique. Ce qui, selon les points de vue, permet la juste rémunération du sélectionneur ou de l'inventeur, ou constitue un acte d'appropriation du vivant. Tout les problèmes soulevés par les militants (dissémination, risques de santé, dépendance des agriculteurs, pollution génétique, perte de biodiversité, etc.) sont les mêmes que pour les OGM obtenus par transgenèse.
Pesticides, standardisation et biodiversité
Dans leur communiqué, les députés précisent également que « le tournesol "naturellement Grenelle", est également un véritable garde-manger pour les abeilles et contribue ainsi au maintien de la biodiversité ». Si on oublie que le texte est relatif à un tournesol fabriqué pour permettre l'aspersion de pesticides (pesticide veut dire "qui tue les insectes") et que le propre des technologies génétiques vise à la standardisation du vivant (ce qui est le contraire de la diversité), ils ont raison : le tournesol que la nature nous a livré après des milliards d'années d'un travail subtil de sélection, est une plante miracle. Comme toutes les plantes.
* Jacques Remiller (UMP Isère) Jacques Myard (UMP Yvelines), Muriel Marland-Militello (UMP Alpes-Maritimes), Jean-Pierre Decool (UMP Nord), Yanick Paternotte (UMP Val d\'Oise), Jean-Paul Garraud (UMP Gironde)
Photo d'ouverture churchhill @flickr

Par François Pignon, 31 juillet, 2010
On navigue en plein obscurantisme imbécile.
Par Inf'ogm, 29 juillet, 2010
Par ailleurs, dans un article, nous précisons que "le Pr. Batista et ses collègues de l’Institut National de Saúde au Portugal viennent de montrer que du riz modifié par mutagenèse subissait des modifications encore plus nombreuses qu’un riz modifié par transgénèse [2]. Ce surplus de modifications est retrouvé dans le transcriptome de la plante, c’est-à-dire le pool d’ARN messager issu de l’expression des gènes et servant d’intermédiaire pour la synthèse de protéines. Pour les chercheurs, cette découverte doit conduire les autorités à mettre en place une évaluation au cas par cas des risques sanitaires liés à toutes les plantes modifiées et non seulement restreint aux plantes obtenues par transgénèse" (à lire : http://www.infogm.org/spip.php?article3660).
Par boboye, 29 juillet, 2010
Par boboye, 29 juillet, 2010
Par Alain81, 29 juillet, 2010
Par Sunflower, 28 juillet, 2010
http://www.tournesol-tolerant.cetiom.fr/
et notamment sur les pages :
http://www.tournesol-tolerant.cetiom.fr/mutagenese.htm
http://www.tournesol-tolerant.cetiom.fr/mutagenese_transgenese.htm
Les tournesols détruits appartiennent à 2 types, ceux tolérants au désherbage par l'imidazolinone (Clearfield) et ceux tolérants au désherbage par le tribénuron-méthyle (Express Sun).
La technologie Clearfield a été obtenue à partir de populations de tournesols constatées comme étant résistantes aux herbicides de la famille des imidazolinones de façon spontanée en culture (mutagénèse naturelle !).
En ce qui concerne les tournesols ExpressSun, la mutagénèse a été provoquée.
Les sélectionneurs ont repris ces tournesols pour en obtenir des lignées avec le caractère de résistance. Ils ont introduit celles-ci dans un schéma de sélection classique pour obtenir les variétés Clearfield ou ExpressSun.
Par Moimême, 28 juillet, 2010
Sachez que les mutations sont un phénomène parfaitement naturel. Ce sont les mutations qui sont à l'origine de la diversité. Grâce aux mutations, l'étal de votre marchand de fruits et légumes est plein de couleurs correspondant aux différentes variétés de pommes, de poires, de poivrons etc.
Votre ras-le-bol concernant les gouvernants n'a pas de rapport avec les techniques de sélection il me semble.
Bien cordialement.
Par boboye, 28 juillet, 2010
Les citoyens en ont assez des gouvernants pourris, menteurs et malhonnêtes.

Parer au changement climatique, mais c'est très simple. Comprenez les enjeux, les intérêts, les solutions, les fausses solutions, les coûts.

Sachant qu'en ce qui concerne la mutagénèse provoquée par des agents mutagènes (radioactivité ou autres), on génère probablement aussi d'autres mutations génétiques, qu'on ne détecte pas nécessairement, et dont on ne connaît nullement les effets.
Quant à parler de mutagénèse naturelle, quand on laisse la plante s'adapter toute seule, oui c'est vrai, mais là ça na rien de naturel, on stresse la plante avec le pesticide auquel on voudrait qu'elle s'adapte, et on sélectionne celles qui résistent... C'est une sélection diabolique !