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Tricastin : l'accident nucléaire décodé

Écrit par Yves Heuillard  Le 15 juillet 2008

Que s'est-il passé à Tricastin ?

Une fuite de produit radioactif s'est produite le 7 juillet 2008, à 23 h. La société Socatri (une filiale d'Areva) a alerté l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) le mardi 8 juillet, à 7h30. Ne prenant conscience de la gravité de l'accident que vers midi, l'exploitant a alors rappelé l'ASN et la préfecture a pris ses mesures à 13 h : interdiction de pêche, de baignade et d'irrigation ainsi que les restrictions sur la consommation d'eau sur les communes de Bollène, Lapalud et Lamotte-du-Rhône. L'IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) a pratiqué  plusieurs campagnes de mesures depuis le mardi 8 juillet dans l'après midi jusqu'au 10 juillet (voir les mesures). Une deuxième campagne de mesures plus approfondie a été entreprises les 10 et 11 juillet.

Quels produits, dans quelles quantités ?

 Les premières informations communiquées le 8 juillet font état de 30 m3 d'effluents à 12 grammes d'uranium par litre, soit 360 kg d'uranium. Le matin du 9 juillet, un volume de 6,25 m3, soit 75 kg d'uranium,  repris par l'ensemble de la presse, est évoqué : il s'agirait de la quantité de produit ayant atteint l'environnement. Selon les derniers chiffres officiels et repris par l'Etat (Source Communiqué de la CRIIRAD du 11 julllet), 224 kg d'uranium auraient éte rejétés dans l'environnement dont 1/3 dans le ruisseau de la Gaffière (et de là dans le ruisseau du Laudon) et 2/3 se seraient répandus sur le sol sans atteindre (selon la Socatri) la nappe alluviale située seulement à moins de 4 mètres de profondeur. La nature exacte du produit, sa composition chimique et radiochimique (la nature des éléments radioactifs) n'ont toujours pas été communiquées au moment de l'écriture de ces lignes. Hors selon sa composition le produit est plus ou moins toxique, plus au moins assimilable par les organismes vivants. Cliquez sur la photo ci-contre pour voir en grand la configuration des lieux. 

Que donnent les mesures officielles ?

L'IRSN arrive après la bataille, le 8 juillet après-midi et ne peux que constater un rapide retour à la normale après le pic de pollution mesuré le matin par... l'entreprise incriminée ; ce qui signifie que les effluents radioactifs ont probablement été dilués à grande eau entre l'accident et l'arrivée des équipes de l'IRSN. Seul quelques points de mesures présentent des anomalies, mais ne semblent pas liés à l'accident du 7 juillet. (voir les commentaires des résultats par l'IRSN).

L'uranium est-il dangereux ?

Chimiquement l'uranium est un métal lourd. A ce titre il est dangereux, comme peuvent l'être le mercure ou le plomb. Il est également dangereux du fait de sa radioactivité. Selon le centre de recherche du département américain de l'énergie (DOE) la dose létale pour l'homme serait de 50 à 150 mg. L'uranium est un élément très présent dans les roches de l'écorce terrestre (à des doses de l'ordre de 1 à 3 grammes pas tonne). L'eau de mer en contient entre 1 et 2 microgrammes par litre (selon les sources), certaines eaux minérales, selon l'INRS, peuvent en contenir quelques dizaines de microgrammes par litre. La toxicité de l'uranium dépend donc de sa concentration, et aussi de sa forme chimique.

Quelle a été la réaction des services de sécurité nucléaire ?

Le jeudi 10 juillet, donc deux jours après l'alerte, quatre inspecteurs de l'Autorité de Sûreté  Nucléaire (ASN) accompagnés de deux ingénieurs de L'Institut de radioprotection et de sécurité nucléaire (IRSN) se rendent sur le site. Ils constatent qu'un réservoir de la station de traitement des effluents uranifères a débordé dans sa cuve de rétention (une cuve de sécurité destinée à contenir les fuites en cas d'accident). Celle-ci, en travaux, n’était plus étanche, ce qui a provoqué une pollution de l’environnement. Il constatent encore des irrégularités d'exploitation et des lacunes dans la gestion de la crise, et surtout que la mise en sécurité des installations n'est pas satisfaisante. (Source communiqué de l'ASN). L'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), qui a exigé de Socatri toute une batterie de tests sur l'environnement, parle d'effets négligeables de cet incident, qu'elle a d'ailleurs classé au niveau 1 sur une échelle de 0 à 7. En mai dernier déjà, l'ASN avait rappelé Socatri à l'ordre pour des « écarts répétés » à ses autorisations de rejets chimiques. Dans un rapport publié en mai, elle indique que « la canalisation qui évacue les effluents liquides de Socatri, du fait de son ancienneté, a fait l'objet de fuites répétées en 2007. ».  

La grande chasse-d'eau de Tricastin 

 Tricastin est une région de vignobles du sud-ouest de la Drôme, à quelques kilomètres au nord de la ville d’Orange. Le site nucléaire du Tricastin est situé sur les bords du canal de Donzère-Mondragon en amont du barrage-écluse de Bollène, près de l’autoroute A 7, à 60 km au nord d’Avignon et à 70 km au sud de Valence. Les côteaux de Tricastin sont une appellation d'origine controlée. Mais pourqoui avoir installé un tel complexe nucléaire a cet endroit ? Tout simplement parce que l'ensemble Rhône, canal de Donzére-Mondragon, et barrage de Bollène, constitue un énorme système de chasse-d'eau propre à diluer rapidement les rejets radioactifs inhérents aux activités nucléaires. Le mistral qui souffle souvent violemment du nord au sud dans la vallée du Rhône, participe de son côté à une très efficace dispersion des effluents gazeux. Cliquez sur la photo ci-contre pour voir la géographie du site.

Qu fait-on à Tricastin ?

Il s'agit d'une usine d’enrichissement d’uranium - procédé consistant à augmenter la proportion d'isotope fissile dans l’uranium naturel. L'usine a été fondée en 1973 par George Besse et gérée par Eurodif SA, une filiale d’Areva. La centrale nucléaire d'EDF implantée sur le même site fournit l'énorme quantité d'électricité nécessaire à l'enrichissement. Une nouvelle usine, George Besse II, actuellement en construction sera opérationnelle en 2012 (première unité) et 2016 (deuxième unité). Beaucoup moins gourmande en éléctricité (50 fois moins) George Besse II exige un investissement de 300 milliards d'euros (voir les explications).

Que disent les associations de défense de l'environnement ?

Greenpeace. Greenpeace dénonce la lenteur et le manque de réactivité de la société Socatri qui gère l'assainissement et la maintenance des déchets de la centrale nucléaire. A l'inverse, Greenpeace a félicité la préfecture qui, à peine une heure après l'alerte, prenait des mesures pour protéger la population et l'environnement. L'association en profite pour rappeler que l'énergie nucléaire n'est pas une énergie propre et que tous les sites rejettent quotidiennement de la radiocativité dans l'environnement.

Greenpeace qualifie cet incident de « grave » et  réitère avec force sa position contre l'usine de retraitement de La Hague (Manche) qui est autorisée à rejeter en moyenne, chaque jour, plus de 11 000 fois ce qui a fuit à Tricastin, polluant ainsi en permanence la nappe phréatique et l'environnement.

CRIIRAD. Pour la Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD), le site de Tricastin affiche une radioactivité supérieure aux normes sanitaires depuis plusieurs années. Dans un communiqué la CRIIRAD, dénonce l'incohérence de certaines mesures faites le matin du 8 juillet par Socatri, l'absence de curiosité de l'ASN, l'opacité sur la pollution de la nappe phréatique, les délais de publications des résultats (tous ne sont pas encore publiés) et le fait que les mesures de suivi de la pollution sont confiées au pollueur. Mais il y a pire : après de nombreuses recherches, l'association vient de dénoncer la présence de 770 tonnes de déchets radioactifs enfouis depuis plus de 30 ans dans le sol. La CRIIRAD a annoncé qu'elle allait porter plainte contre deux filiales d'Areva qui exploitent le site du Tricastin. Areva pour l'enfouissement des 770 tonnes de déchets dans le sol (lire le communiqué) et Socatri pour ses rejets radioactifs dans l'environnement. 

Sortir du Nucléaire. Le Réseau Sortir du nucléaire accuse Areva de mise en danger volontaire de la population en n'ayant informé la préfecture que 12 heures après l'accident.

 

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Dernière mise à jour : ( 16 juillet 2008 )
 
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