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La vérité sur le polonium dans les cigarettes

Écrit par Yves Heuillard  Le 01 septembre 2008

Le polonium est bien connu du grand public depuis la fin de l'année 2006 après l'assassinat du transfuge russe Alexander Litwinenko. Le polonium est un corps radioactif très rare à l'état naturel et que l'on trouve à l'état de trace associé à l'uranium. Il est particulièrement dangereux à deux titres : il est très radioactif, des milliards de fois plus que l'uranium. Et il est indécelable car c'est un émetteur de particules alpha, et que les particules alpha sont arrêtés par quelques millimètres d'air. Elle ne traversent même pas une feuille de papier et il n'est donc pas question de les détecter avec un compteur Geiger. Le polonium est par ailleurs l'un des rares émetteurs alpha "pur", ce qui veut dire qu'il n'émet pas d'autres rayonnements, en particulier des rayonnements gamma, qui eux seraient détectables, ce qui en fait un poison discret absolu. La dose léthale de polonium est de l'ordre d'un millionième de gramme pour un individu de 80 kg (1). Il est 250 000 fois plus toxique que le cyanure.

L'affaire du polonium est présentée comme une révélation, est-ce la réalité ?

Non, la présence du polonium dans le tabac est un serpent de mer, connu depuis longtemps des scientifiques et a fait l'objet de publications dans la presse spécialisées dans les années 60 (2). Au moment de l'affaire Litwinenko, fin 2006, des articles ont également paru dans la presse grand public (3). La révélation concerne la volonté délibérée des fabricants de tabac de cacher la réalité du phénomène, plutôt que la présence du polonium dans les cigarettes.

Quelle dose de polonium dans une cigarette

Selon l'EPA (l'agence américaine pour la protection de l'environnement) fumer un paquet et demi de cigarette par jour, correspond à une exposition de 13 millisievert par an, soit l'équivalent d'une radio des poumons par jour (4). Le rayonnement alpha est de loin la forme de rayonnement la plus mortelle qui soit et le polonium est des milliers de fois plus radioactif que l'uranium, le radium ou même le plutonium. Pour comparaison 1 milligramme de polonium 210 émet à chaque seconde autant de particules alpha que 4,5 grammes de radium 226 ou 13,5 tonnes d’uranium 238 (5). Des expériences sur les animaux ont montré que le polonium se fixe dans les poumons et peut déclencher des cancers localisés. Il semble que le polonium puisse s'accumuler à des concentrations élevées dans les poumons et provoquer d'intenses irradiations au niveau des bronchioles (4). Notons que le polonium a une demi-vie très courte (138 jours). Il se décompose en plomb radioactif, qui devient l'isotope dominant dans les poumons, et dont la demi-vie est de 22,3 années. Il faut néanmoins comparer cette dose de polonium avec les 10 mg de goudron que contient chaque cigarette, ce qui correspond à 55 000 tonnes de goudrons inhalé par les fumeurs pas an, ou au 0,3 milligramme d'arsenic, soit 1 000 tonnes d'arsenic absorbées par an, on peut y ajouter les cyanides, les benzopyrènes, les nitrosamines, des aldéhydes, et autres hydrocarbures, tous des produits cancérigènes. Autrement dit vouloir une cigarette sans polonium, c'est un peu comme vouloir se suicider avec un balle de revolver sans polonium.

D'où vient le polonium du tabac ?

Des scientifiques se sont querellés longtemps sur le fait de savoir si la radioactivité dans la fumée de cigarette se faisait via l'absorption des feuilles ou par les sols et la racine. Manifestement, les plantes absorbent par leurs racines les éléments radioactifs issus de la chaîne de désintégration de l'uranium - on trouve de l'uranium en quantité très faible, dans l'eau (3mg par m3), dans les minéraux et les sols (3 g par tonne) (6). Mais la nature collante des feuilles est souvent rapportée. Elles capteraient les poussière radioactives issues de la décomposition du radon (un gaz radioactif émis par les sols granitiques et dont la chaîne de désintégration comprend des solides). Les sols contiennent plus ou moins d'uranium, mais l'apport d'engrais sous forme de phosphate en augmente considérablement la teneur. Les phosphates contiennent de l'ordre de 50 à 200 ppm (partie par million d'uranium), soit de l'ordre de 1 tonne d'uranium pour 10 000 tonnes de phosphates (7). Cette teneur en uranium est telle qu'elle rend envisageable son extraction des phosphates.

Le phénomène est-il limité au tabac ?

Non les engrais phosphatés sont utilisés universellement en agriculture intensive. il est probable que nous absorbions l'équivalent de dizaines de cigarettes de polonium chaque jour par notre alimentation. Les industriels du tabac n'ont pas tort de dire que les fraises contiennent aussi du polonium. Selon certaines sources, notre corps contiendrait une dose de polonium équivalent à 23 000 cigarettes (7). En réalité, parmi les éléments radioactifs contenus dans notre alimentation le polonium arrive loin derrière le potassium, l'uranium, ou le thorium. Certaines eaux minérales gazeuses sont sujettes à des concentration élevées en uranium. L'eau de Badoit, par exemple, est traitée depuis 2001 pour ramener sa concentration en uranium en dessous des nouvelles normes européennes (8).

Pourquoi aujourd'hui ?

Le mois d'août a vu simultanément la publication de statistiques des cancers de l'American cancer Society,  d'une étude sur les origines du polonium 210 dans le tabac et aussi une étude de l'American Journal of Public Health qui montre que les fabricants de tabac ont supprimé certaines études sur le polonium de leurs archives de manière à ne pas alarmer le public. C'est cette dernière information qui est importante. Elle est révélée en France par le Figaro qui explique comment les fabricants ont caché leurs études ou fait pression sur leurs chercheurs pour qu'ils ne publient pas leur résultats.

Conclusion

L'affaire du polonium dans le tabac, outre le fait qu'elle révèle l'attitude de certains industriels à l'égard de la santé publique, a aussi le mérite de mettre le doigt sur la présence d'éléments radiocatifs dans notre environnement, pas seulement dans la fumée des cigarettes, mais plus généralement dans nos aliments, dont par exemple la farine de blé. Mais en même temps, les doses relativement faibles, et les conséquences sanitaires difficiles à mesurer, pourraient entraîner une banalisation des dangers de la radioactivité. Sans aborder le sujet de l'industrie nucléaire, notons par exemple que la combustion du charbon provoque la libération en quantité importante de radionucléides dans l'atmosphère.

Références

1) Le polonium sur Wikipedia   

2) Edward Radford et Vilma Hunt de la Harvard School of Public Health mesurent le polonium radioactif dans la fumée de tabac ( début des années 60).

3) Voir par exemple l'article Pufing on Polonium dans le New-York Times ou Polonium in Zigaretten publié le 4 décembre 2006 dans le quotidien allemand Sueddeutsche

4) US EPA  Tobacco smoke

5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Polonium

6) Uranium : l'abondance au rendez-vous. Document du CEA 

7) http://www.wise-uranium.org/purec.html

8) Institut de radioprotection et sûreté nucléaire (IRSN).

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Dernière mise à jour : ( 02 septembre 2008 )
 
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