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Loi Grenelle : Messieurs les députés, le raisonnement Ollier est faux

Écrit par Alexandra Lianes  Le 07 octobre 2008

Les députés débattent du projet de loi mettant en œuvre les 273 engagements du  Grenelle de l’environnement. Le Grenelle semblait jusqu’à présent faire consensus au niveau des objectifs de la consommation énergétique des bâtiments et de la production de gaz à effet de serre : c'est-à-dire, d’ici 2020, réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre, améliorer l’efficacité énergétique de 20 % et fournir 20 % d’énergies renouvelables dans le bouquet global énergétique.

Mais l’amendement du député UMP Patrick Ollier, également président de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale sème le trouble. Cet amendement propose de favoriser les énergies peu productrices de gaz à effet de serre en relevant leur seuil de consommation dans les bâtiments neufs. Ce qui favoriserait l'énergie nucléaire.

Le texte initial fixait un objectif de consommation en énergie primaire de 50 kilowattheures par mètre carré et par an dans les bâtiments neufs (avec une modulation en fonction des émissions de gaz  à effet de serre qui restait à être définie).

Si cet amendement est voté, « On pourra se contenter de construire des bâtiments neufs équipés de chauffage électrique consommant 120 kWh/m²/an », dénoncent dans un communiqué commun intitulé " Ollier m'a tuer " les associations Effinergie et Négawatt ainsi que l’association des industriels de l’isolation Isolons la Terre contre le CO2 ( Lafarge, Saint-Gobain, Isover et Knauf, entre autres). « L’objectif  de  l’amendement  est  clair :  ne  pas  handicaper  le  chauffage  par  convecteurs  électriques,  qui représente  80 %  de  la  construction  neuve », estiment les associations.

Mais les calculs sont archi-faux !

L'amendement Ollier propose de se concentrer sur les émissions de gaz à effet de serre. Ainsi se chauffer à l'électricité serait, d'après les calculs de cet amendement, et du fait de la provenance nucléaire de l'électricité, moins générateur de gaz à effet de serre que se chauffer au gaz par exemple. D'où l'idée de ne pas compter de la même manière les calories produites par l'électricité ou par des combustibles fossiles.

Pour la simplication de notre propos, supposons que la combustion d'un combustible fossile produise 1kg de CO2 par kWh ( c'est un bon ordre de grandeur). La commission Ollier considère qu'un convecteur électrique du fait qu'il est alimenté en électricité d'origine nucléaire et hydraulique à 88%, peut être considéré comme ne produisant que 120 g de CO2 par kwh (12% de fossile). Contre 1kg par kWh si on utilisait du fioul. Et de considérer qu'en remplaçant 1kwh de production d'énergie au fioul ( 1kg de CO2) par 2 kwh d'énergie électrique ( 2x120 g de CO2) on gagne 760 g de CO2 . Et de conclure, "vous voyez ce n'est pas la peine d'isoler trop, on peut se chauffer deux fois plus sans générer trop de CO2".

Mais ce calcul est complètement faux. La bonne question c'est de calculer combien de CO2 on économiserait, par kWh, si au contraire on isolait mieux pour dépenser moins d'énergie. 1kWh. Combien de CO2 économisé ? 120 grammes disent-ils tous en coeur, puisqu'on marche au nucléaire. Même les associations pour l'environnement ne relèvent pas.

Hors la réalité est différente. Lorsqu'on économise 1kWh, on a deux solutions : répartir cette économie sur l'ensemble des centrales du réseau EDF (120 grammes d'économie de CO2) ou bien on peut réduire la production d'énergie d'une centrale au charbon. Et donc on économise... un kg de CO2.

Le raisonnement qui consiste à dire qu'en économisant des kwh nucléaires on ne fait pas d'économie de CO2 est totalement faux tant qu'il existe une centrale polluante dans le réseau. Car on peut affecter cette économie de 1kWh à l'effacement d'un kWh d'énergie sale. C'est d'ailleurs le rôle du marché du carbone d'inciter économiquement à le faire.

Par ailleurs en consommant plus d'électrcité, c'est une lapalissade, on dépense plus d'argent. Mais c'est une autre histoire. Pas d'erreur ici, mais un calcul, sûrement.

Consulter l'intégralité du communiqué " Ollier m'a tuer" (PDF)

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