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La vérité sur le Cobalt 60 dans les boutons d'ascenseurs

Écrit par Yves Heuillard  Le 23 octobre 2008

Les faits

Le 7 octobre, des traces de Cobalt 60 sont détectées par les douanes françaises dans des boutons d'ascenseurs expédiés par la société Mafelec. Le 10 octobre, une inspection de l'Autorité de Sécurité Nucléaire (ASN) détermine que le Cobalt 60 est le fait de pièces métalliques en provenance d'un fournisseur indien de Mafelec. Ce fournisseur indien livre également une société belge. L'accident est classé 2 par l'ASN. Parmi la trentaine de travailleurs qui ont manipulé les pièces incriminées, une vingtaine auraient été exposés à des doses de une à trois fois la limite fixée par la réglementation.

Qu'est ce que le Cobalt 60 ?

Le cobalt est un métal. Il n'est pas radioactif dans la nature, mais il est très toxique, de la même manière que le plomb. Le Cobalt 60, radioactif lui, ne se trouve pas dans la nature. Il est fabriqué en exposant du cobalt naturel aux neutrons produits par un réacteur nucléaire. Sa radioactivité très élevée - c'est une source de radiation gamma très intense - en fait un élément de choix en radiothérapie, mais pas seulement. Les sources de Cobalt 60 ont aussi des applications industrielles, par exemple : stériliser des aliments à froid pour prolonger leur conservation, "radiographier' les soudures pour vérifier leur qualité, mesurer la densité du béton, stériliser des déchets hospitaliers. La demi-vie du cobalt ( le temps au bout duquel la moitié des atomes de cobalt se sont désintégrés) est de 5,7 années. Ce qui veut dire que les sources de cobalt doivent être remplacées régulièrement. Et que les sources "usées" mais encore très radioactives doivent être retraitées avec précaution.

L'accident de Juarez

17 janvier 1984, un camion transportant des barres d'acier déclenche un détecteur de rayonnements lors de son entrée dans le laboratoire scientifique de Los Alamos (Nouveau Mexique, Etats-Unis). La provenance des matériaux contaminés est rapidement établie. Quelques semaines auparavant, dans la région de Juarez au Mexique, un électricien est chargé de porter à la décharge un appareil en provenance d'un centre médical. A l'arrière de son camion, il ouvre une capsule qui contient 6000 petites pastilles couleur d'argent, qui ressemblent aux décorations dont on saupoudre les gâteaux. Il s'agit de Cobalt 60. Des pastilles sont perdues tout au long de la route et disséminées dans la décharge. Une partie des pastilles finira dans une fonderie qui fabrique de l'acier. Selon les scientifiques interviewés à ce sujet par le New York Times (1er mai 1984) chaque pastille produit une exposition équivalente à 1250 radiographies des poumons par heure, à 5 cm de la source. Se tenir une minute à un mètre du camion de l'électricien, toujours selon l'article du New York Times de l'époque, équivaut, à 40 radios des poumons (nous avons converti les unités de rayonnement de l'époque, obsolètes aujourd'hui, en valeurs plus compréhensibles par tous, NDLR). 109 maisons qui avaient utilisés des ferrailles contaminées ont été détruites par les autorités mexicaines ( Source : Cour des comptes du Texas). Les conséquences sanitaires de l'accident ne semblent pas avoir fait l'objet d'un suivi particulier dans le temps. En 1987, un accident du même type à lieu Goiânia, au Brésil : un appareil de radiothérapie est récupéré par des ferrailleurs dans un hôpital désaffecté. Il contient cette fois une capsule de césium, qui provoquera la mort rapide de quatre personnes dont une fillette.

Mon ascenseur est-il radioactif ?

Même si les boutons de votre ascenseur comportaient du Cobalt 60, les risques seraient minimes d'une part parce que le cobalt ne se trouve probablement qu'à l'état de trace dans les boutons et d'autre part du fait des temps d'expositions très courts. D'après le fournisseur des boutons, l'entreprise Mafelec, seul Otis a été livré. Otis à annoncé que 500 à 600 de ses ascenseurs étaient concernés, et qu'il faudrait un mois pour changer les boutons.

Combien de morts ?

Notre question est provocatrice mais pas anodine. Pour se retrouver dans les boutons des ascenseurs, dans des proportions suffisantes pour être détectée par les appareils des douanes, il a bien fallu, à l'instar de l'accident de Juarez ou de Goiânia (voir plus haut) qu'à un moment ou à un autre, quelque part, une importante source de Cobalt 60 soit accidentellement manipulée par des employés, d'un ferrailleur peut être, d'une fonderie certainement, puis par ceux d'entreprises de métallurgie et de mécanique. Et là l'exposition prend des formes plus sérieuses, et graves. Soit parce les employés se sont trouvés au contact de la source originelle, lors du transport, soit parce plus tard, au cours de l'usinage par exemple, ils ont absorbé des poussières par voies respiratoires. Et même en fin de chaîne, une banale opération de meulage d'un bouton pour l'ajuster à une platine de commande, présente un risque sans commune mesure avec la simple exposition aux radiations du produit fini.

L'institut de radiprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) dans un communiqué du 22 octobre 2008, précise, en ce qui concerne Mafelec, "qu' il ne devrait pas avoir de conséquences sur la santé du personnel exposé", et en ce qui concerne OTIS, que " les premiers résultats montrent que l’exposition des personnels aux postes de travail impliquant une proximité avec des boutons radioactifs est également extrêmement faible, avec des doses maximales inférieures à celles constatées chez Mafelec" . 

En conclusion

On peut se féliciter de la capacité des douanes françaises à détecter dans les marchandises transportées des anomalies radioactives, somme toute minimes. On peut s'étonner que la détection se fit, à la sortie des produits finis du territoire français et pas à l'entrée des matières premières.

Cet incident est un révélateur d'une dissémination difficilement contrôlable de matières radioactives dans les produits que nous utilisons quotidiennement ; quand nous ne les mangeons pas. L'accident de Juarez que nous avons cité plus haut serait passé totalement inaperçu si des poutres métalliques n'avaient pas été livrées sur un chantier d'un des plus grands laboratoires du monde spécialisés dans la recherche nucléaire.

La difficulté et le coût d'entreposage des produits radioactifs peut faire craindre, au mieux, un certain laxisme, au pire, dans des états corrompus, des pratiques criminelles visant à diluer, ni vu ni connu, quelques grammes de matière dans des tonnes de ferraille ou de béton. La pratique pourrait même se justifier en ce qui concerne les éléments radioactifs de vie courte, car dans 30 ans, les matériaux concernés par cette affaire ne contiendront pratiquement plus de Cobalt 60...

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