|
Dans son édition qui paraît aujourd’hui, la revue scientifique Ecology Letters présente les résultats d’une étude sur la relation entre le réchauffement climatique et l’avancée de la limite des arbres (treeline). Les résultats sont plutôt surprenants. Non seulement l’avancée de la limite s’opère de façon inégale, mais le réchauffement de l’hiver aurait un rôle plus important que prévu par les scientifiques.
En prenant connaissance de ses résultats, Melanie Harsch, chercheur au Centre de recherche sur la bio-protection de l’Université Lincoln, en Nouvelle-Zélande, n’a pu réprimer sa surprise. La scientifique étudie le phénomène de l’avancée de la limite des arbres, ou limite forestière (en anglais, treeline). Cette limite, c’est la frontière du supportable pour les végétaux ligneux, frontière en altitude (limite alpine par exemple), ou frontière en latitude (limite arctique ou antarctique). Au-delà de la limite, il fait trop froid ou la pression atmosphérique est insuffisante - en montagne, par exemple (consulter la fiche Wikipedia sur la Treeline ). L’avancée de cette limite, c’est donc le fait que les arbres poussent plus au nord qu’avant (plus au sud dans l'hémisphère sud)
Au départ, Mélanie Harsch entretenait l’hypothèse que l’avancée de la limite forestière était une réponse des écosystèmes au réchauffement climatique depuis 1900. A priori, les températures estivales étaient considérées comme le facteur premier dans la croissance des arbres, de même que dans la délimitation de la « treeline ». Quant à la température hivernale, elle était prise en compte dans une moindre mesure du fait de la propriété isolante de la neige. Or, les observations ont démontré le contraire de ce qui était attendu: c’est l’hiver qui joue un rôle prépondérant dans l’avancée de la limite des arbres.
Harsch explique que « durant le siècle dernier, les températures moyennes ont augmenté davantage et plus rapidement dans les zones de haute altitude et de latitudes élevées. À l’intérieur de ces zones, la variation de la limite des arbres devraient donc être plus marquées. »
L'étude a été mené sur 166 sites de limite forestière. Des données sur la température ont été relevées près de chaque site. Ces données ont été utilisées ensuite pour analyser l’avancée de la limite des arbres au courant du 20ème siècle, de même que les facteurs ayant contribué à l’avancée.
Il en est ressorti que seuls 87 des 166 sites (52%) avaient avancé, alors que simultanément, la température avait augmenté en moyenne de 0.013°C par année (1°C en 77 ans) sur 111 sites. Sur les sites n’ayant pas avancé, 77 sont restés stables, et seulement deux ont reculé.
« Étonnamment, ces résultats révèlent que les limites forestières ne répondent pas universellement au réchauffement climatique par une avancée, comme ce qu’on espérait », pense Mélanie Harsch. « Ils démontrent toutefois la prééminence de la température pour l’avancée des limites des arbres, par rapport à d’autres facteurs comme des facteurs de stress, la latitude, l’altitude, la distance à la mer.
L’autre résultat surprenant est l'absence de preuve sur la croyance antérieure, selon laquelle l’avancée de la limite des arbres en hautes altitude et latitude est contrôlée seulement par les températures estivales. Il démontre plutôt que les limites forestières sont davantage susceptibles d’avancer sur les sites qui se sont réchauffés durant les mois d’hiver. C’est déjà connu, du moins dans les latitudes nordiques, que les changements climatiques qui se produisent en hiver sont normalement plus marqués que les changements climatiques dans les conditions estivales.
« Ces résultats prouvent que les limites forestières répondent au réchauffement climatique. Mais ils ne sont pas cohérents. La moitié des sites montrent des signes d’avancée, alors que la plupart des sites subissent le réchauffement climatique. Plusieurs études antérieures, sur les réponses des plantes au réchauffement climatique, avaient donné des résultats mitigés. Notre étude fournit une explication : c’est autant l’été que l’hiver qui contrôle la limite des arbres », conclut Mélanie Harsch. Là où les températures estivales constituent le premier facteur, on peut prévoir une avancée continuelle. Mais sur les d'autres sites, la limite des arbres ne peut avancer que si d'autres facteurs intreviennent en premier lieu [dont la hausse des témperatures hivernales, ndlr].
Source : Ecology Letters
Aussi sur DDmagazine
Les changements de la planète vus du ciel
Irlande : merci de ne pas nous faire roussir
|