Évaluation des pesticides : Générations Futures crie au scandale

mardi 01 mars 2011 Écrit par  rédaction

L’AESA (Agence Européenne de Sécurité Alimentaire, EFSA en anglais) a publié hier soir des recommandations sur l’utilisation des études scientifiques publiées dans les revues à comité de lecture dans le processus d’autorisation des pesticides (1). Pour le mouvement Générations Futures, celles-ci reviennent à favoriser les études fournies par l’industrie et à ignorer les études sceintifiques indépendantes.

Pour mémoire, le Parlement européen et le Conseil européen, en concevant le nouveau règlement sur les pesticides, en 2009 (Reg 1107/2009), ont décidé de prendre en compte les données scientifiques indépendantes de l’industrie parce qu’ils ont considéré que l’évaluation des pesticides ne pouvait reposer sur les seules données de l’industrie, vu les risques de conflits d’intérêts.

Mais à ce jour, c'est ce que dénonce Générations Futures, la science indépendante est toujours considérée comme d’utilité limitée par les régulateurs de l’AESA et n’est pas utilisée pour fixer des normes. Selon l'association, plusieurs revues bibliographiques montrent pourtant que les études de l’industrie fournissent souvent des résultats plus favorables pour les produits de l’industrie que les études indépendantes. Ce à quoi on peut évidemment s'attendre...

Des études qui évaluent la qualité des études... 

Selon Générations Futures, l’AESA base sa classification de la fiabilité des études sur l’étude de Klimisch de 1997 (2). Cette étude classe les études de l’industrie basées sur les directives de type Bonnes Pratiques de Laboratoires de l’OCDE (que seuls les industriels suivent) comme "fiables sans restriction" et les autres études qui ne suivent pas ces directives (c’est le cas des études scientifiques indépendantes) sont classées de catégorie inférieure, voire même "non fiables".

Le problème, dit Générations Futures, c’est que Klimisch et ses co-auteurs sont tous des employés du chimiste BASF. De plus, les critères retenus pour juger de la fiabilité des études sont dérivés d’un article d’un porte-parole d’un lobby industriel (3).

Générations Futures rappelle que "dans le cas du Bisphénol A, les études financées par les industries chimiques ne montrent aucune nocivité alors que 90% des études indépendantes montrent un risque possible (4)". Il est donc indispensable de prendre en compte les études scientifiques publiées dans des journaux à comité de lecture sérieux afin de contre balancer les études "maisons" des industriels.

"C’est une honte que l’AESA continue ainsi de favoriser les intérêts des industriels et continue d’ignorer les données scientifiques publiées indépendantes de l’industrie" déclare François Veillerette, porte-parole de Générations Futures. "Générations Futures et le réseau PAN Europe demandent instamment au Parlement Européen et au Conseil de ne pas accepter ces recommandations et de confirmer leur volonté de voir toute la science publiée prise en compte dans l’évaluation des pesticides", ajoute-t-il.

Notes
1 : Submission of scientific peer-reviewed open literature for the approval of pesticide active substances under Regulation (EC) No 1107/2009, EFSA Journal 2011;9(2):2092
http://www.efsa.europa.eu/fr/efsajournal/doc/2092.pdf

2 : H.-J. KLIMISCH, M. ANDREAE, AND U. TILLMANN, A Systematic Approach for Evaluating the Quality of Experimental Toxicological and Ecotoxicological Data, REGULATORY TOXICOLOGY AND PHARMACOLOGY 25, 1–5 (1997)

3 : Richard A. Becker American Chemistry Council, Erik R. Janus Crop Life America, Russell D.White American Petroleum Institute, Francis H. Kruszewski Soap and Detergent Association, Robert E. Brackett Grocery Manufacturers Association, Good Laboratory Practices and Safety Assessments, Volume 117 | number 11 | November 2009 • Environmental Health Perspectives.

4 : Large effects from small exposures. II. The importance of positive controls in low-dose research on bisphenol A. Vom Saal et al. Environ Res. 2006 Jan;100(1):50-76.

1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire mercredi 02 mars 2011 Posté par Aubarecy

    l'INSERM aussi le dit il faudra écouter PLUS les lanceurs d'alertes ,car il y a dysfonctionnement au sein de certains organismes et arreter les conflits d'interets experts - laboratoires/firmes (IGAS)

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