Températures en hausse, réserves alimentaires mondiales en baisse

vendredi 10 août 2012 Écrit par  Yves Heuillard

Gigantesque feu de forêt dans le Coloardo en 2012

Du fait des sécheresses sur trois continents, les réserves des principales denrées alimentaires (riz, blé, maïs, soja) baisseront à leur plus bas niveau depuis 4 ans, entraînant des hausses de prix pour un montant global de 1240 milliards de dollars, selon l'organisation des Nations Unies (source Bloomberg). Aux Etats-Unis, le plus grand exportateur mondial de céréales, la récolte n'a pas été aussi mauvaise depuis 2008 et en Inde, les précipitations sont 20% sous leur niveau normal. Les Nations Unies s'inquiètent d'une nouvelle hausse des prix deux ans à peine après la hausse des denrées alimentaires de 2008 qui avait entraîné 44 millions de personnes dans une extrême pauvreté. En revanche, pour les investisseurs, les produits financiers basés sur la production agricole comptent parmi les plus performants et la tendance ne devrait pas s'inverser. [photo CC par Bo Insogna, Colorado, été 2012]

Parallèlement, une étude dirigée par James Hansen du Goddart Institute de la Nasa, montre que les épisodes très chauds et très secs et leurs cortèges de gigantesques feux de forêt, comme celui de cet été 2012 aux Etats Unis, celui de 2010 en Russie, ou de 2003 en Europe, sont le résultat du réchauffement climatique. Jusqu'alors les scientifiques étaient plutôt prudents, et l'association d'un phénomène météorologique extrême (sécheresse, vague des chaleurs, pluies diluviennes, tempête) avec le changement climatique était rarement évoquée parce qu'improuvable. [voir ici une compilation de l'actualité TV américaine lors de la sécheresse de 2012)

Qu'on affame les pauvres, mais que vive l'automobile...

La FAO réclame une suspension de la production de bioéthanol de maïs aux USA (La Croix 10/08/12)

L'Argentine, troisième exportateur mondial de soja, va importer temporairement des graines de cet oléagineux du Paraguay et de Bolivie afin d'utiliser pleinement sa capacité de production de biodiesel destiné à l'exportation (Le Monde 10/08/12).

 En comparant les historiques des températures de ces 30 dernières années, avec ceux des trente années précédentes, Hansen et ses collègues montrent que les températures extrêmes affectent désormais 10% des territoires contre 1% pour la période précédente. La preuve qu'apporte Hansen quant aux liens des phénomènes extrêmes avec le changement climatique est le suivant : il est normal qu'il y ait des étés plus chauds que d'autres, ou plus froid que d'autres. Mais il devrait y avoir autant d'anomalies froides, que d'anomalies chaudes. Hors, les d'anomalies chaudes deviennent beaucoup plus nombreuses, et beaucoup plus sévères que les anomalies froides. Dit autrement, le dé du climat est "plombé" par le réchauffement. "Ce n'est pas une théorie, c'est un fait" dit James Hansen (voir ici les résultats de l'étude sous la forme d'une animation).

Notez que l'étude en question, publiée par l'Académie des sciences américaines (National Academy of Sciences), a été réalisée avant la sécheresse américaine de cette année qui a ravagée le midwest américain et provoqué les terribles incendies de l'Oklahoma et du Colorado.

Hansen avoue qu'il avait été trop optimiste quand il avait averti le Sénat américain (c'était pendant l'été caniculaire de 1988) que de tels épisodes préfiguraient notre avenir climatique.

Pour en savoir plus notre lecteur pourra se reporter à l'article de Bill MCKibben titré "La terrible nouvelle mathématique du réchauffement climatique" publié en anglais par Rolling Stones. Bill McKibben est le fondateur de 350.org, un mouvement mondial pour résoudre la crise climatique. 

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