Centrale nucléaire du Bugey : Genève a les pétoches

mardi 31 mars 2015 Écrit par  Yves Heuillard

Genève n'est qu'à 70 km sous les vents dominants de la centrale nucléaire française du Bugey. C'est l'une des plus vieilles centrales nucléaires de France avec celle de Fessenheim. Les constructions des 4 réacteurs actuellement en service au Bugey avaient démarré entre 1972 et 1974 pour des mises en service entre 1979 et 1980. Un cinquième réacteur dont la construction avait démarré en 1965 est un cours de démanèlement. La ville de Genève veut en finir avec cette centrale dont elle considère qu'elle fait peser un risque sur les Genèvois et la Suisse Romande.

"Nous allons frapper fort !", tels sont les propos de Rémy Pagani, conseiller administratif de la ville, rapporté par le quotidien suisse romand Le Courrier. "La Ville a donc décidé d’entreprendre des procédures judiciaires pour faire fermer la centrale du Bugey ou, à tout le moins, empêcher la construction d’un cinquième réacteur nucléaire et d’un entrepôt de 8000 m2 dédié au conditionnement et à l’entreposage de déchets radioactifs provenant de neuf réacteurs en cours de démantèlement (ICEDA)."

Et pour représenter la municipalité, le Conseil administratif a mandaté Corinne Lepage, ancienne ministre française de l’Ecologie, spécialiste du droit de l’environnement, auteure de nombreux ouvrages sur le nucléaire, familière des mouvements de contestation nucléaire depuis des lustres. 

Au lendemain de la catastrophe de Fukushima, la Suisse a annoncé la sortie progressive du nucléaire civil : pas de constuction de nouveau réacteur et arrêt définitif des quatres centrales en service (5 réacteurs) après une durée de vie maximale de 50 ans (en 2034 pour le réacteur le plus récent).

Centrale du Bugey

Au-delà des risques que fait porter sur les populations et l'économie d'une région la possibilité d'un accident nucléaire, précisons que même en fonctionnement normal, une centrale nucléaire émet dans l'atmosphère et dans l'eau des effluents radioactifs. Les rejets gazeux et les aérosols, après avoir été filtrés et stockés pour faire baisser leur niveau de radioactivité sont rejetés dans l'atmosphère par une cheminée située le long de l'enceinte du réacteur. Ils sont soumis à une règlementation stricte et font l'objet de contrôles réguliers de la part de l'exploitant (ici les explications d'EDF)

Mais la difficulté de la surveillance et de la mesure, les impacts potentiels des rejets sur la santé des riverains, donnent lieu à controverses de la part des organisations de défense de l'environnement. Ainsi les insuffisances concernant le contrôle des rejets de tritium (de l'hydrogène radioactif que l'on peut retrouver dans l'eau de consommation) sont souvent soulignées (voir par exemple les rapports de l'Acro et de la Criirad , deux organismes indépendants de mesure de la radiocativité).

La doctrine nucléaire vise, autant qu'il est possible, à réduire les rejets à un coût économiquement acceptable. Notre lecteur pourra se reporter à cet article de Médiapart sur le sujet, publié à l'occasion de la conférence environnementale de décembre 2014.

Illustrations : photos réalisées avec Google Earth