"Il faut repenser la place de l'automobile dans notre société"

mercredi 01 décembre 2010 Écrit par  Yves Heuillard

Un rapport du Centre d'analyse stratégique du Premier ministre recommande de repenser la place de l'automobile dans la société. S'il était suivi d'effets, ses conséquences sociales, environnementales et économiques seraient gigantesques.

Ah ! Le beau rapport selon lequel le système automobile hérité du 20ème siécle doit être repensé ! Vincent Chriqui, Directeur général du Centre d’analyse stratégique et Olivier Paul-Dubois-Taine, Président du Groupe de travail, Ingénieur général honoraire des Ponts et Chaussées l'ont rendu public ce jour sous le titre de "Les nouvelles mobilités. Adapter l’automobile aux modes de vie de demain". Le rapport est lisible, intelligent, moderne, pratique, rassurant sur notre capacité à imaginer un changement profond dans l'intérêt général. 

Sans être complètement révolutionnaire - encore que... - le rapport parle vrai ; il pose les bonnes questions et donne des pistes rédigées pour être politquement acceptables mais qui dénotent à la liberté d'esprit de ses rédacteurs ; et en filigrane, il dit ce qui s'impose à chacun d'entre nous quand nous roulons moins vite qu'un piéton sur des voies dites "rapides" avec des engins de 1500 kg pour transposer nos 80 kg, des véhicules qui nous coûtent les yeux de la tête, consomment notre temps, nous asphyxient et nous séparent : la voiture en zone urbaine est une imbécillité.  

"Et si on oubliait la voiture classique ?  Et si le vélo devenait le mode de transport majoritaire ? Et si les deux-roues motorisés étaient intégrés dans l'organisation de la ville ?

"Le mode d'usage actuel de l'automobile est incompatible avec les exigences énergétiques et environnementales", voilà ce que dit le rapport. Et pour une fois la conclusion n'est pas de tenter de sauver l'industrie automobile en remplaçant la voiture thermique par la voiture électrique, en déplaçant la pollution et en changeant les modèles économiques, mais bien de tout repenser.

Peut-on se passer de la voiture en ville ?

tramway, velos, petite automobileLes auteurs osent même évoquer la marche à pied, et bien sûr le vélo, et une organisation différente de la ville qui en favoriserait les usages. Ils citent des exemples comme Amsterdam ou Zürich, ils dénoncent le gaspillage énergétique, la consommation d'espace, et une équation environnementale impossible à résoudre face au développement automobile dans les pays émergents. 

Les auteurs notent aussi le décalage entre les offres des constructeurs automobiles et les attentes du marché et posent une question bien simple : "peut-on se passer de la voiture en ville ?". La réponse est évidente en Europe où les villes (du moins les centres-villes) n'ont pas été créées pour l'automobile. La réflexion contient, là-aussi en filigrane, l'idée qu'il suffit de construire des villes pour l'homme et non pour l'automobile.

Et qaund ils évoquent la voiture électrique, c'est la petite Smera de Lumeneo qu'ils mettent en avant, et non la prolongation de la gabegie automobile avec des grosses berlines électriques dont nous disons que l'électricité viendra majoritairement du charbon.

Repenser la place de l'automobile

Selon les auteurs du rapport, "confrontés à de multiples enjeux (changement climatique, renchérissement des prix de l’énergie, équité sociale, etc.), nous devons repenser la place de l’automobile dans notre société. Il s’agit d’inventer de nouvelles formes de mobilité et de retrouver les dimensions de liberté et de plaisir qui doivent être associées à nos déplacements. Au-delà du nécessaire développement des transports collectifs, il nous faut désormais promouvoir les petits véhicules légers (à deux, trois ou quatre roues), les véhicules électriques ou hybrides rechargeables, dont la part ne devrait cependant pas dépasser 10 % à 15 % des ventes à l’horizon 2020, l’automobile partagée, la redécouverte du vélo (avec assistance électrique si besoin), l’information en temps réel de l’usager".

En préambule le rapport constate que longtemps symbole de liberté et de réussite sociale, l’automobile semble, en quelques années, avoir déserté l’imaginaire des jeunes générations - au point même que sa possession ne constituerait plus une priorité et correspondrait désormais à une notion de plaisir perdu. Ainsi à Tokyo, seuls 25 % des 20/30 ans déclaraient vouloir posséder une voiture en 2007, alors qu’ils étaient encore 50 % en 2000 ! En 2009, 79 % des Européens et 62 % des Français considéraient que la possession d’une voiture était devenue une contrainte.

Des conséquences économiques gigantesques 

L'autorité des auteurs du rapport est au moins aussi importante que son contenu car elle donne le crédit nécessaire à des recommandations (le rapport en fait 19) aux conséquences gigantesques. Car à y réfélchir un peu, nous voyons bien que nous ne vivrons pas de la vente de voitures au Chinois ou aux Indiens qui les produisent au moins aussi bien que nous et à bien meilleur prix.

embouteillage au CaireMais à repenser complètement nos organisations sans la voiture, ou avec beaucoup moins de voitures, nous améliorerons notre efficacité, économiseront nos espaces, réaffecterons nos investissements, au moment même où les pays émergents s'engluent dans d'énormes embouteillages aux prix d'investissements pharaoniques...(Ci-contre embouteillage au Caire - Photo Walid Hassanein).

Et ainsi, nous pourrions créer les conditions d'un rééquilibrage économique en notre faveur avec des offres totalement nouvelles de produits et de services, qui s'étendent, bien au-delà de la seule automobile, à l'organisation efficace de nos villes et de nos sociétés.  

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Photo d'ouverture CC Wendell/Flickr