Produit intérieur brut contre Bonheur national brut

mardi 28 décembre 2010 Écrit par  Super User

représentation graphique du PIB

Notre bonheur dépend-t-il de la croissance à tout prix du Produit intérieur brut (PIB) ? D’autres indicateurs seraient-ils plus adaptés pour mesurer le développement de nos sociétés ? La problématique n'est pas nouvelle mais un documentaire réalisé pour le quotidien belge Le Soir la rend compréhensible au plus grand nombre.

« Si un pétrolier s’échoue toutes les dépenses qui seront faites pour le renflouer vont augmenter le PIB mais le travail des bénévoles qui nettoient la plage ne sera pas comptabilisé et on ne tiendra pas compte non plus des dégradations faites à l’environnement ».

Par cette illustration, le journaliste indépendant Arnaud Grégoire explique, dans son documentaire « Le bonheur brut », les limites du Produit intérieur brut (PIB), l’indicateur économique dominant qui sert à mesurer la richesse d'un pays.

Vers le webdocumentaire
Toutes les illustrations de cet article sont issues du documentaire "Le bonheur brut" d'Arnaud Grégoire.

Le journaliste interroge : « Pourquoi court-on toujours après la croissance, alors que celle-ci ne fait plus le bonheur ? ». Dans une animation d'une qualité exceptionnelle, il fait l'historique du PIB, explique ses avantages et ses inconvénients. Il présente ensuite les autres voies pour mesurer le développement d'une société et se rend même au Bouthan qui a mis en place un indicateur de bonheur, le Bonheur national brut (BNB). Le BNB reflète le développement socio-économique durable, la préservation de l’environnement, la conservation de la culture et la bonne gouvernance.  

Un PIB qui ne prend en compte ni le capital humain ni le capital naturel

Que du bonheur...

Au travers de seize séquences vidéo, « Le Bonheur brut » offre à l’internaute une enquête accessible à tous sur le PIB et les indicateurs de développement sociaux et économiques. Lexique vulgarisé, dessins animés, interviews filmées et photos sont réunies dans un seul écran. 

Un blog de bord accompagne la réalisation de ce webdocumentaire et y associe tous les citoyens.

Le PIB est la seule mesure universelle de la richesse d'un pays, la seule reconnue pour l'élaboration des politiques économiques et lors des grandes négociations internationales. Cependant, cet indicateur ne prend en compte que des valeurs monétaires liées aux échanges de biens et de services.

Il ne représente en rien l'état social, environnemental ou sanitaire d'un pays. Ainsi, l'indicateur économique le plus important n'apporte aucune indication concernant la qualité de vie ou la capacité d'une économie à générer de la richesse non monétaire comme le bien être. Par exemple, l'échouage d'un pétrolier sur les côtes bretonnes se traduit par une hausse du PIB car il en comptabilise les opérations de nettoyage et ses conséquences commerciales.

La pollution, la perte d'êtres vivants et d'une partie de la biodiversité, ses impacts sur l'activité économique future, sont hors de la mesure du PIB. Une marée noire devient alors synonyme de croissance et de développement économique. De même qu'un embouteillage qui augmente la consommation d'essence et l'usure des automobiles.

Les indicateurs alternatifs ou complémentaires au PIB 

Le documentaire d'Arnaud Grégoire présente les autres indicateurs dont, en premier lieu, l’indice de développement humain (IDH), censé refléter les différentes dimensions du bien-être d’un pays. Publié par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), cet indicateur est une moyenne du PIB/habitant, de l’espérance de vie à la naissance et du niveau d’instruction (composé pour deux tiers du taux d’alphabétisation des adultes et pour un tiers du taux de scolarisation).

représentation graphique de l'indice national de bonheur brut

Depuis 1995, il a été complété par I’IDSH, indice de développement sexospécifique humain, qui évalue les différences hommes/femmes sous l’angle des 3 critères de l’IDH, l’IPF, un indicateur de participation des femmes à la vie économique et politique, et l’IPH, indicateur de pauvreté humaine. Il existe également parmi ces indicateurs alternatifs l’Indice de santé sociale (ISS) spécifique aux Etats-Unis et l’indicateur de progrès véritable (IPV) qui permet notamment une prise en compte des externalités sociales et environnementales négatives liées à la progression de la production.

Le Bhoutan 

à l'Est de la chaîne de l'Himalaya, enclavé entre la Chine et L'inde, le royaume du Bhoutan est une démocratie (monarchie constitutionelle) depuis 2008. Ce pays d’environ 700 000 habitants sur un territoire grand comme la Suisse a substitué au PIB un indicateur de Bonheur national brut. Le pays bénéficie d’une image idyllique avec ses maisons aux fenêtres de bois sculpté et rivières à l’eau limpide qui dévalent les sommets enneigés. Ci-dessous vidéo Youtube d'origine non identifiée.

[video:http://www.youtube.com/watch?v=41AiFiwvBS4 250x180]

Pourtant Arnaud Grégoire, l'auteur du webdocumentaire objet de cet article nous apprend que "les Bhoutanais ne sont pas des bienheureux naïfs". Le BNB, nous explique-t-il est aussi le signe le plus visible d'une stratégie de marketing visant à promouvoir le pays. 

Conçu par des économistes et des responsables associatifs et syndicaux, le BIP 40 (contraction de PIB et de CAC 40) se veut être quant à lui un « baromètre des inégalités et de la pauvreté » alternatif à l’indice vedette de la bourse de Paris mais aussi aux publications officielles sur la santé sociale de la France en se basant sur six dimensions : l’emploi et le travail, les revenus, la santé, l’éducation, le logement et la justice.

Appelé aussi « Produit Intérieur net ajusté pour l’environnement », le PIB vert veut quant à lui palier certaines des lacunes majeures du PIB en intégrant le coût des dommages écologiques et de la diminution des stocks de ressources naturelles, les dépenses de gestion de l’environnement, la valeur des services environnementaux.

Parlons enfin du seul indicateur purement environnemental : l’empreinte écologique. Elle ne s’intéresse qu’aux ressources renouvelables. Elle représente la surface (terre ferme + océan) nécessaire pour fournir les ressources consommées par une population donnée et pour assimiler les rejets et déchets de cette population.

Selon le WWF, sur la base des données de 2007 analysées dans le rapport Planète Vivante 2010, l'empreinte écologique de la Terre a dépassé sa biocapacité de 50 %. Mais celle-ci est invisible, n’ayant pas de répercussion sur les prix. Cet indicateur nous dit que si nous continuons à demander  à la planète plus que ce qu'elle est capable de fournir et d'absorber, d'ici à 2030, l'humanité nécessitera la capacité de deux planètes afin de maintenir notre rythme de consommation.

Le rapport Stiglitz

En France, la commission Stiglitz-Sen-Fitoussi, présidée par l'américain Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie et officiellement appelée « Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social » a rendu un rapport en septembre 2009 sur la mesure de la performance économique et du progrès social. Souhaité par Nicolas Sarkosy, le rapport propose des indicateurs synthétiques de bien-être plus appropriés que le PIB, ainsi que des tableaux de bord visant à appréhender performance économique et qualité de la vie à travers leurs différentes facettes.

Pour en savoir plus

Vers le site de l'association NOPIBL'association NOPIB "Changeons d'indicateurs" est une association progressiste indépendante ayant pour but de diffuser des propositions politiques, économiques et environnementales qui prennent réellement en compte les transformations durables de nos sociétés.

Suite à ce rapport, l’institut de statistique a proposé une nouvelle analyse des comptes publics dans l’édition 2010 de son panorama de « l’économie française » : une analyse qui dessine les signaux avant-coureurs d’une possible évolution tandis que « le Produit intérieur brut (PIB) est encore au centre de toutes les attentions ».

Lire le rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi 

Lire le dossier sur « L’économie française », édition 2010, présentée par l’INSEE 

Extrait de l'interview de Jigme Thinley, Premier ministre du Bhoutan (video Youtube, en anglais) 

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