Les éoliennes tuent les oiseaux. Ben Voyons...
Écrit par : Yves Heuillard dans société, éolien le 20 juin 2012
Lundi 18 juin 2012, le journal Le Point titre « Les éoliennes tuent les oiseaux ». Sous-titre : « D’après une étude récente 500 000 oiseaux meurent chaque année sur le sol américain » . Voilà, si vous n’aviez pas d’opinion sur les éoliennes, c’est fait...
Voilà donc comment d'une manchette à l'emporte-pièce ces éoliennes présentées comme écologiques deviennent totalement incompatibles avec la protection de l’environnement. Et vous vous dites que par bonheur vous pouvez compter sur le 4ème pouvoir, celui de la presse et des médias, pour vous dessiller les yeux sur des sujets somme toute complexes. Pas si sûr.
Le but de cet article n’est pas d’aller à l’encontre du fait que les éoliennes tuent des oiseaux, mais de remettre les pendules à l’heure sur le traitement de l’actualité des problématiques environnementales et énergétiques. C’est le point d’honneur de ddmagazine d’essayer de remettre ces sujets en perspectives de façon non dogmatique, en toute indépendance.
Des centaines de millions d'oiseaux tués par les...
Pourquoi écrire aujourd’hui dans un magazine respecté - et respectable - un article sur une étude dite « récente » dont la publication date de... 2008 ? Nous n’avons pas la réponse. Si on s’intéresse aux oiseaux, pourquoi ne pas titrer plutôt sur le nombre d’oiseaux tués par les automobiles (1), ou par les avions, les lignes à haute tension, les tours de télécommunications, les parois vitrées des immeubles, les pesticides, l’artificialisation des terres, ou même par les chats. Les chiffres réels sont mal connus, mais les ordres de grandeurs pour chacune des causes énumérées ici se situent entre le million et des centaines de millions d‘oiseaux tués annuellement sur le seul territoire des Etats-Unis (2).
Et si on s’intéresse aux éoliennes, plutôt que rapporter brutalement un seul chiffre à l’emporte-pièce, le rôle du journaliste, de notre point de vue, ne serait-il pas de faire aussi un état des efforts faits, ou restants à faire, par l’industrie éolienne pour réduire l’impacts des turbines (design des pales, vitesse de rotation, hauteur et puissance unitaire, topologie des parcs, étude des implantations). Enfin si on voulait pousser le bouchon, ne faudrait-il pas comparer l’impact des éoliennes avec le nombre d’oiseaux englués dans le pétrole, estourbis par les cheminées des centrales thermiques, empoisonnés par les eaux polluées des champs pétroliers ou gaziers ou des mines de charbon.
La réalité déformée
Et puis, vas-y comme je te pousse, est-il nécessaire de gonfler le chiffre à 500 000 comme si le véritable chiffre de 440 000 avancé par l’étude en question n’était pas suffisant ?
Pourquoi enfin attribuer sans nuance et sans précision cette étude au U.S Fish and Wildlife Service alors qu’il ne s’agit pas de la position officielle de cette vénérable institution gouvernementale américaine, mais de l’estimation d’un seul scientifique de l’agence sur la base de certaines hypothèses.
La position officielle de l’institution américaine au moment où nous écrivons ces lignes, position qu’un journaliste peut obtenir en quelques minutes par simple appel téléphonique, mérite d’être rappelée : « L’impact cumulatif réel des éoliennes sur les populations d’oiseaux n’est pas connu, bien que de multiples études ont fait état d’oiseaux tués ou blessés par des éoliennes ou par des projets de production d’énergie par la force du vent ; du fait de la croissance des développements éoliens, et des changements dans la conception des turbines et dans la localisation des machines, il est difficile d’extrapoler ces impacts à petite échelle pour conclure précisément sur l’impact à l’échelle des populations d’oiseaux » (3).
Précisons enfin que malgré l’absence de données détaillées, le U.S Fish and Wildlife Service a publié en mars 2012 des recommandations à destination de l’industrie éolienne pour éviter ou minimiser l’impact des turbines sur la vie et les habitats des oiseaux. Voilà qui aurait fait un beau sujet dans un hebdomadaire qui s’intéresse aux éoliennes, et sur une actualité pour le coup vraiment récente.
Pour conclure, qu’on s’entende : dans un contexte où les problématiques énergétiques et environnementales représentent des enjeux colossaux, génèrent de véritables guerres d’arguments, sont parfois sujettes à une désinformation organisée à grande échelle par des lobbies puissants, au moment précis où les collectivités condamnent un acharnement contre l’éolien, le rôle des médias et des journalistes n’est pas de sacrifier à la facilité, mais d’éclairer.
Références
1) Entre 350 000 et 35 millions d’oiseaux tués en Europe par an selon Erritzoe J., Mazgajski T. D., Rejt L. 2003. Bird casualties on European roads — a review. Acta Ornithol. 38: 77–93.
2) Migratory Bird Mortality. Many Human-causes threat afllict our birds populations. US Fish & Wildlife Service. 2002.
3) Traduction d'après le texte officiel en anglais transmis a ddmagazine par US Fish and Wildlife Service le 19 juin 2012 : The actual cumulative impact on bird populations from wind development is not known, although multiple studies have documented bird deaths and injuries at individual turbines and wind energy projects. Due to growth in the number of wind energy developments, and changes to turbine design and siting, it is difficult to extrapolate these small-scale impacts to draw precise conclusions about impacts at a population level.

Par Xavier 'Capsule', 30 juillet, 2012
Par Fabrice, 01 juillet, 2012
Par Veronique, 21 juin, 2012
Les rédactions apprécient généralement l'intérêt des lecteurs et leurs réactions (négatives ou positives) et cela aidera le journaliste à prendre conscience de l'impact de ses éventuelles inexactitudes (un journaliste n'est "normalement" pas de mauvaise foi mais peut-être s'être mal renseigné ou ne pas faire son travail correctement...). Au pire, ce sera lettre morte, au mieux, le rédacteur en chef lui passera un savon (parce qu'il est effectivement anormal d'être inexact dans un article) et vous gagnerez un droit de réponse ou un nouvel article pour donner votre point de vue. :-)
Par Alex, 20 juin, 2012
Il est plus facile de parler des éoliennes qui tuent les oiseaux que de la centrale nucléaire Japonaise qui est certainement toujours en train poser problème.
Votre article le dit très bien, le problème ce n'est pas les éoliennes mais l'incapacité des gens à réfléchir, on pollue la planète entière à grande dose d'énergie fossile pour des générations et tout le monde trouve ça normal. Mais bon il y a tellement de choses "normales" que s'en est désespérant.
Par Etienne, 20 juin, 2012
Espérons qu'il ne sagisse que d'incompétence de la part du point, et non d'un partis pris.
Par Maurice, 20 juin, 2012
Toute production d'énergie a ses inconvénient. Il ne reste plus qu'à savoir quel développement énergétique voulons nous.
Le développement des premiers parcs éoliens a peut être négligé certains aspects environnementaux, comme le passage de couloir de migration. Aujourd'hui le contexte législatif français fait que les impacts sur l'avifaune sont étudiés et maîtrises grâce à un suivi pour chaque parc. L'argument des oiseux est donc aujourd'hui un argument parmis la palette que les anti-éoliens peuvent utiliser et qu'ils ressortent dès que possible.
Toujours est-il que j'attends de voir une étude de la même qualité que celle menée par négawatt de la part des anti-éoliens, pour nous guider vers un futur mix énergétique qui tiendrait la route, respectant les enjeux climatiques et de protection de la biodiversité.
Par Marie-Laure, 20 juin, 2012
Pourquoi ? parce que les consciences s'ouvrent de plus en plus sur les méfaits de l'éolien par rapport à ses bienfaits dont on se rend compte aujourd'hui qu'ils sont vraiment minimes......
On ressort de "vieux" dossiers, pourquoi pas !? Mieux vaut les faire connaître plus tard que jamais.
Par Greenmyst, 20 juin, 2012
Par Marie-Laure, 20 juin, 2012
Par ailleurs, les oiseaux tués par les automobiles et les avions existent en effet, c'est pourquoi il n'est pas utile d'en rajouter.


"it is difficult to extrapolate these small-scale impacts to draw precise conclusions about impacts at a population level."
Mieux que "...extrapoler ces impacts à petite échelle pour conclure précisément sur les impacts au niveau d'une population (d'oiseaux)",
je propose "ces impacts DE petite échelle" qui évite un quiproquo en lecture rapide (extrapoler à petite échelle)