Gaz de schiste, un puits devant votre porte ?

lundi 10 juin 2013 Écrit par  Yves Heuillard

Grâce à Google Maps, un zoom dans les régions américaines concernées par le gaz de schiste donne une idée de la densité des puits de forage. Si vous espériez profiter du gaz, sans en avoir les nuisances, oubliez.

Malgré l'interdiction de l'exploitation des gaz de schistes en France, les lobbies ne désarment pas. Après le rapport Beffa & Cromme qui associe gaz de schistes et compétitivité nationale, le rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et techniques (Opecst), rendu public le 6 juin dernier, se déclare favorable à une exploitation "maîtrisée" de cette source d'énergie. On avance même sans sourciller, que la France possèderait la maîtrise d'une fracturation hydraulique propre (voir l'article de Noel Mamère dans Rue89).

Pour nous rendre compte de la réalité de l'exploitation des gaz de schiste, nous ne résistons pas à vous inviter au survol (avec Google Maps) du Comté de Johnson au Texas (les rectangles blancs correspondent aux sites de forage). Les chiffres et commentaires qui suivent sont issus d'un document de l'Agence internationale de l'énergie, qui propose un ensemble de bonnes pratiques pour favoriser l'acceptation par le public de l'exploitation des gaz de schistes (Golden Rules for a Golden Age of Gas).

exploitation d'un site de gaz de schiste

La fracturation hydraulique peut exiger plus d'un puits par km². Dans la zone du Comté de Johnson, prise comme référence, on compte 37 zones de forage pour 20 km², certaines zones de forage ayant elles-mêmes plusieurs puits.

Chaque puits ne donnent qu'une faible quantité de gaz, et c'est la multiplication des forages sur de très grandes étendues qui aboutit à une production à grande échelle. Dans la zone des schistes de Marcellus, toujours aux Etats-Unis, l'exploitation s'étend sur 250 000 km² (presque la moitié de la surface de la France).

Une zone de forage occupe à peu près un hectare (Sur Google Maps vous voyez très nettement des zones rectangulaires plus claires). Gardez en tête que les forages sont d'abord verticaux, puis horizontaux sur plusieurs kilomètres. D'après votre survol du Comté de Johnson, vous constaterez d'une part que les forages sont parfois très près des habitations et que leur nature horizontale laisse peu de chance à quiconque de ne pas se trouver directement au droit d'un forage.

100 à 200 camions seront nécessaires pour transporter le matériel nécessaire au forage. Ensuite une noria de camions assure l'exploitation du site, jour et nuit, sans discontinuer pendant toute la durée de l'exploitation (quelques années, quelques dizaines de milliers de mètres cube d'eau transportés par puits).

Sur chaque site des générateurs diesel assurent, toujours 24 heures sur 24,  la fourniture de l'électricité nécessaire à l'éclairage, au forage, et au fonctionnement des nombreuses pompes. Des fosses creusées sur place et simplement recouvertes d'une bâche étanche, constituent des bassins de rétention des boues de forages très polluantes. 20 à 50% de l'eau, une fois utilisée et polluée, devra à nouveau être transportée - toujours par camions - hors du site (le reste, dans le sol, en profondeur).

Le traitement, ou le non-traitement, de ces eaux polluées par de nombreux additifs de forage et par des hydrocarbures pose problème. Les fuites de gaz inérantes à l'exploitation ont fait l'objet d'études qui sont naturellement controversées - quand elles sont permises.

Notons enfin que la densité de population europénne est  5 fois supérieure à la densité de population américaine. Cette forte densité donne ici aux risques et aux nuisances, dénoncées là bas avec force par les associations environnementales, une dimension d'un tout autre ordre. 

Photo cc-by Irekia - Eusko Jaurlaritza

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