Non aux nouvelles centrales au charbon
Écrit par : George Monbiot dans société, opinion, Energie, CO2 le 6 août 2008
Dès que j'aurai terminé cette chronique, je sauterai dans le premier train pour le Kent [ndlr : près de la centrale à charbon de Kingsnorth où se tient une manifestation écologique, le Climate Camp 08, pendant 10 jours]. L'an passé Al Gore (1) faisait remarquer : « Je ne comprends pas pourquoi les jeunes ne forment pas des chaînes humaines pour bloquer les bulldozers et les empêcher de construire des centrales électriques au charbon ». Comme des centaines de jeunes volontaires, je laisse tout tomber pour répondre à l'appel. Note : cet article de George Monbiot a été publié le 5 août 2008 dans le quotidien anglais The Guardian.
La révolution industrielle a passé la marche arrière
Tout dépend désormais de l'arrêt du charbon. Prévenir le réchauffement climatique, devenu incontrôlable, dépend largement de notre utilisation des combustibles fossiles les plus émetteurs de dioxyde de carbone. A moins de les laisser dans le sol - ou d'y remettre le dioxyde de carbone produit - le développement de l'humanité commencera une spirale vers le pire. Plus on brûlera de charbon, plus nos chances de bien-être et prospérité se réduiront. La révolution industrielle a passé la marche-arrière.
Ce n'est pas à cause des ours polaires que je rejoindrai le Climate Camp à proximité de la centrale au charbon de Kingsnorth (photo ci-dessus, merci à Mike Russell). Ce n'est pas non plus à cause des papillons, des grenouilles, ou des pingouins, ou encore des forêts tropicales, malgré tout l'amour que j'ai pour eux. C'est parce que tout ce pourquoi j'ai lutté, tout ce pourquoi les militants pour une justice sociale ont toujours lutté (la nourriture, l'accès à l'eau, un toit, la sécurité) est menacé par le changement climatique. Ceux qui affirment qu'il existe un conflit entre écologie et humanisme, soit n'ont aucune connaissance scientifique, soit n'ont rien compris.
Notre gouvernement peut choisir de mener le monde dans deux directions différentes. Environ un tiers de nos centrales électriques arriveront à la fin de leur vie d'ici 2020. Il pourrait les remplacer par des centrales à faible rejets de CO2 ou répéter, cette fois en toute connaissance des conséquences, les décisions désastreuses du passé. La demande de E.ON [ndlr :groupe industriel allemand du secteur de l'énergie], de construire une nouvelle centrale à charbon à Kingsnorth est la première depuis des années. Au moins cinq autres propositions de ce type attendent (2). A elles seules, elles émettraient 54 millions de tonnes de CO2 par an (3) : soit autant que la production de toute l'économie nationale si la Grande-Bretagne, en accord avec les possibilités scientifiques, voulait réduire ses émissions de 90 % (4).
Déterminés à prendre la mauvaise décision
Le gouvernement semble déterminé à prendre la mauvaise décision. Il a hérité de la traditionnelle affection du parti pour le charbon, mais, être un nouveau socialiste [ndlr : New Labour dans le texte original], consiste maintenant à soutenir le patronat au lieu des salariés, et à conspirer avec lui pour une nouvelle génération de centrales électriques. Le gouvernement a une excuse pour cette politique : un jour le charbon sale sera transformé en charbon propre par le biais de la capture et du stockage du carbone (CSC) [ndrl : également appelé la séquestration du carbone]. Le seul élément nécessaire pour y parvenir est un peu de poudre de perlinpinpin, sous la forme d'anticipation du prix du CO2. Selon le gouvernement, le marché poussera automatiquement à l'enfouissement des émissions de dioxyde de carbone, puisque cette technique sera moins chère que d'acheter des droits de polluer.
Le mois dernier, la commission de contrôle environnementale de la Chambre des Communes [ndlr : House of Commons, une des chambres du parlement du Royaume-Uni] a examiné cette proposition et a estimé qu'elle était absurde (5). Elle a cité des études du Centre de recherche du Royaune Uni sur l'énergie et de Climate Change Capital [ndlr : une banque d'investissement sur le marché du CO2] qui estiment que la capture du carbone provenant de centrales existantes coûtera entre 90 et 155 € par tonne de CO2. Pourtant le gouvernement prévoit que le droit à polluer, entre 2013 et 2020, coûtera de l'ordre de 39 € par tonne. Même E.ON croit que les prix n'excèderont pas 50€. « L'écart entre le coût du carbone et le coût de la capture, est énorme. » estime la commission. Le ministre de l'Énergie, Malcolm Wicks, a confié aux parlementaires : « J'espère que le développement du marché du carbone... entraînera un prix suffisamment intéressant pour le carbone, ce qui créera les motivations financières pour l'investissement dans la capture. Est-ce que ce sera assez ? Je ne sais pas. »
En résumé voici la politique du gouvernement : croiser les doigts et espérer que le marché jouera son rôle. S'il approuve la construction d'une nouvelle centrale à Kingsnorth, il le fera sur la supposition que la centrale sera prête pour la capture et le stockage du carbone. " Prêt pour la CSC " ne semble pas vouloir dire autre chose que ceci : il y a assez d'espace sur le site pour construire une unité de capture du carbone, si tant est que l'exploitant daigne la construire un jour. Le comité avertit que cette promesse, sans véritable signification, pourra être utilisée comme une feuille de vigne pour donner une apparence environnementale acceptable aux triomphantes centrales à charbon (6).
Le gouvernement nous a déjà montré ce qu'il veut faire. En janvier dernier Gary Mohamed, un fonctionnaire du Département des Affaires (l'équivalent de notre Ministère de l'économie et de l'industrie, ndlr) envoie un mail à E.ON pour savoir s'il devait inclure l'obligation de CSC comme condition d'acceptation d'une demande de construction pour une nouvelle centrale ; ceci nous donne un aperçu fascinant de la manière de travailler du gouvernement : on demande aux entreprises d'écrire les règles auxquelles elles seront soumises. E.ON répond que le gouvernement n'a pas le droit de refuser la construction d'une centrale conventionnelle. 6 minutes plus tard Mohammed répond à son tour " merci, je n'inclurai rien, j'espère sortir le projet des conditions d'acceptation aujourd'hui ou demain" (7).
Faisons plutôt comme la Californie
Il y a un moyen simple par lequel le gouvernement pourrait nous assurer que notre production électrique n'engagera le pays à attiser les feux du changement climatique. Il suffit de faire comme la Californie : fixer à une certaine échéance, une limite d'émissions de gaz carbonique par megawatt-heure d'électricité produit. Et tant qu'à faire, une limite assez basse, de l'ordre de 80kg de CO2. Alors, en accord avec ses précieux principes (ou en l'occurrence, absence de principe) il pourrait laisser faire le marché. J'en suis arrivé maintenant au point de ne même plus chercher à savoir si la réponse peut être le nucléaire ou pas. Si on prend vraiment en compte le total des émissions de gaz carbonique, si on sait exactement comment et où on va enterrer les déchets, combien ça va coûter et qui va payer, et qu'il existe un cadre légal pour empêcher que des produits du nucléaire civil ne puissent être utilisés à des fins militaire, allons-y. Nous ne pouvons plus nous permettre de principes rigides, sauf un : que les dommages fait aux générations d'aujourd'hui comme à celles de demain, soient minimisés des manières les plus efficaces possibles, quelles qu'elles soient.
Les énergies renouvelables ont fait leurs preuves
Mais je pense que la réponse la plus probable sera plus intéressante que ça. Plusieurs études récentes ont montré comment, en diversifiant le plus possible la production d'énergies renouvelables, en éclatant le plus possible la géographie de la production, en utilisant de nouvelles techniques pour adapter la consommation à l'offre, et pour stocker l'énergie, 80 à 100% de notre énergie peut être produite par des sources renouvelables, avec aucune perte de fiabilité dans la fourniture (8,9,10). Contrairement à la capture et à la séquestration du carbone, le vent, les marées, le solaire, l'hydro-électrique, la géothermie sont des technologies qui ont fait leurs preuves. Contrairement au nucléaire elle peuvent être démantelées sans risques.
Une telle politique demande du courage et une vision. Regardez notre cabinet actuel - Brown, Straw, Darling, Hutton, Blears, Kelly, Hoon - et vous n'avez plus qu'à pleurer. Les hommes et les femmes les plus courageux ont été éliminés au fil des ans, ne laissant en place que ceux qui savent composer avec les intérêts qui les menacent. Ces gens ne s'opposeront pas à l'industrie et aux affaires, même si le futur de l'humanité est en jeu.
Si la peur est le seul moteur de leur politique, il faut les confronter à un plus grand danger encore que les menaces des industriels du charbon. Nous devons montrer que cette question est source potentielle de clash. Que la répulsion du public pour un développement du charbon peut mettre un terme à leur mandat. Vous ne pouvez rien faire de mieux que de nous rejoindre cette semaine à KingsNorth.
Références
1. Propos rapportés par Nicholas Kristof, 16th Aout 2007. The Big Melt. New York Times.
2. Longannet & Cockenzie (Scottish Power); Ferrybridge (Scottish and Southern Energy); Fiddler's Ferry (Scottish and Southern Energy); Tilbury (RWE npower); Blyth (RWE npower).
3. Greenpeace a fait le calcul suivant: "10.6 GW [la capacité de production de 6 centrales] x 7884 heurs par an (90% de disponibilité) = 83.57 TWH/y ; 83.57 TWH/y x 0.65 = 54 millions de tonne de CO2 / an. Voir la note de bas de page 23 sur ce site.
4. L'estimation du gouvernement pour 2007 est de 543.7 million tonnes de CO2. Defra, Juillet 2008. UK Climate Change Programme. Annual Report to Parliament, Juillet 2008, p9.
5. House of Commons Environmental Audit Committee, 22nd Juillet 2008 . Carbon capture and storage. Ninth Report of Session 2007-08.
6. ibid.
7. Vous pouvez voir l'email ici.
8. German Aerospace Center (DLR) Institute of Technical Thermodynamics Section Systems Analysis and Technology Assessment, Juin 2006. Trans-Mediterranean Interconnection for Concentrating Solar Power. Federal Ministry for the Environment, Nature Conservation and Nuclear Safety, Germany. Le rapport en PDF.
9. Mark Barrett, Avril 2006. A Renewable Electricity System for the UK: A Response to the 2006 Energy Review. UCL Bartlett School Of Graduate Studies - Complex Built Environment Systems Group. Le rapport en PDF
10. Centre for Alternative Technology, 10th Juillet 2007. ZeroCarbonBritain: an alternative energy strategy. voir www.zerocarbonbritain.com.
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Par DR Michel Escaravage, 09 septembre, 2008
Par lionel gaulier, 06 août, 2008
En ce qui concerne l'article sur les bateaux ,le principe ressemble a la turbo voile de l'alcyone ,le navire de Cousteau,non?
Pour l'article ci-dessus je suis d'accord sauf en ce qui concerne le nucléaire ,restons calme, pas d'affolement (on augmente nos rejets de co2 quand on s'affole)

