La piscine purifiée par les plantes, ça marche

jeudi 23 avril 2009 Écrit par  Alexandra Lianes

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Envie de piscine ? Savez-vous, qu' il est possible d'assainir de l'eau douce sans chlore, et ce, grâce à l'action naturelle des plantes. Nos voisins allemands ou autrichiens le font depuis des décennies. En France la piscine biologique commence à faire son chemin . Nous revenons sur le projet pilote de Combloux (Haute-Savoie) à 1 000 mètres d'altitude, face au Mont-Blanc.

Pour ce bassin de baignade de 1 500 m² deux espaces assurent la qualité hygiénique de l'eau. L'un situé en contrebas du bassin de baignade dédié à la décantation et l'autre, indépendant, de filtration. Et depuis l'ouverture, « sanitairement le bassin a toujours été de qualité » assure Michèle Cancouet, responsable du suivi du bassin de Combloux à la Ddass (Direction départementale des affaires sanitaires et sociales) de Haute-Savoie.

Piscines biologiques : un vide juridique français et européen

A ce jour, il n'existe pas de cadre réglementaire sur les piscines biologiques. Car elles ne relèvent ni de la réglementation sur les piscines (dont l'eau est désinfectée) ni de celle sur les baignades naturelles (lacs, rivières...). C'est pourquoi la Ddass (Direction départementale des affaires sanitaires et sociales) ne valide aucun projet de piscine biologique.

Pour combler ce vide juridique, le ministère de la santé a rédigé en juin une circulaire autorisant l'ouverture de ces lieux de baignade « sous la seule responsabilité du maire ». Et ce, dans l'attente des conclusions de l'Afsset. L'Agence française de sécurité sanitaire et de l'environnement est chargée par le ministère de réaliser une étude sur les risques sanitaires de ces lieux de baignade. Un texte attendu par les professionnels du secteur qui espèrent une clarification de la situation.

A ce jour, le bassin de Combloux est un site expérimental qui fait l'objet d'un protocole de surveillance. Le village montagnard se trouve dans la difficile position de devoir prouver à l'administration que les piscines biologiques ne comportent pas de risques sanitaires.
Les agents de l'Afsset se sont déplacés en mai 2008 à Combloux. L'Agence devait rendre ses conclusion à l'automne suivant. Mais à ce jour (avril 2009) il n'a toujours pas été publié. 

Après les travaux de terrassement, et la pose d'un liner sur toute la surface, 1 500 m3 de graviers ont été déposés. Puis dans le bassin de décantation et celui de filtration, ont été piquées les quelque 10 000 plantes de 50 variétés choisies pour leurs qualités filtrantes et oxygénantes. Une maîtrise d'oeuvre réalisée par le cabinet d'architecte paysagistes Green Concept. Ce dernier est à l'origine de la conception du deuxième bassin de baignade public de l'Hexagone qui a ouvert ses portes l'été dernier à la Chapelle-Saint-Sauveur (Saône-et-Loire).

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Pour purifier l'eau, il y a des phragmites, des carex, des élodées et des myriophiles. Ce sont là les espèces de plantes majeures utilisées pour l'épuration et l'oxygénation du bassin. Les phragmites sont par exemple utilisées pour leur vertus épuratrices ; les élodes car ce sont de grandes consommatrices de phosphates (qui sont à l'origine de la prolifération des algues), selon Amandine Davin, responsable du bassin de Combloux.

Un milieu vivant qu'il faut entretenir. Amandine Davin prévient qu'« [une piscine biologique] demande plus d'entretien qu'une piscine au chlore ». Chaque jour en pleine saison, les employés (deux à l'année et un saisonnier) passent une heure à tailler les plantes, retirer les feuilles mortes et à brosser le liner du bassin de baignade. L'aspirateur automatique tourne quatre à cinq heures par jour dans le bassin de baignade contre une heure dans une piscine traditionnelle.

La principale difficulté, d'après Patrick Bidegain, architecte paysagiste à Green concept, c'est qu'une piscine biologique « est un milieu vivant qui évolue pendant les saisons, les intermpéries, les précipitations, l'ensoleillement ». Il s'agit alors d'adapter l'entretien du bassin en fonction de ces conditions naturelles.

Malgré l'absence de produits chimiques, le coût de conception (terrassement) et d'entretien (personnel) d'une piscine biologique est supérieur à celui d'une piscine traditionnelle. « Le ratio au mètre carré baignable est de l'ordre de 400 à 500 € », précise Patrick Bidegain. Le prix à payer pour se tremper dans une eau douce qui ne pique pas les yeux. A Combloux, le bassin peut accueillir 700 à 800 baigneurs par jour. La nature à de grandes qualités mais aussi des limites.

En pratique

Cliquer sur le schéma pour voir en grand.

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Pour assurer une bonne qualité sanitaire de l'eau, il est indispensable d'installer une circulation de l'eau. Ici, les 3 200 m3 d'eau circulent pour la zone de baignage par le fond (via des bondes de fond) et par la surface (via des skimmers). Cette eau passe par un système de filtration mécanique dans le local technique avant de circuler vers le bassin de baignade et de décantation et le bassin de filtration. L'eau est filtrée naturellement par l'action des plantes qui agissent comme un filtre biologique. L'eau passe enfin dans la cascade où elle est oxygénée. Ce processus permet un renouvellement de l'eau toutes les 27 heures. Le bassin, en circuit fermé, est généralement alimenté par le réseau d'eau de ville ou par une source naturelle. Pour la baignade publique, le protocole prévoit l'apport de 50 litres d'eau par baigneur.

Les professionnels de la piscine biologique : le franco-suisse Biotech, les allemands Teichmeister, Bionova, le cabinet d'architecte-paysagistes français Green Concept.

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