La vérité sur les tee-shirts contaminés aux phtalates
Écrit par : Alexandra Lianes dans polluants le 29 janvier 2009
Dans une étude publiée dans son mensuel 60 millions de consommateurs, l’Institut National de la Consommation (INC) révèle que sur 40 tee-shirts pour enfants testés, neufs comportaient un taux de phtalates supérieur à la nouvelle réglementation européenne REACH. Décryptage et zoom sur les risques de ce produit chimique avec le Pr. Belpomme et le Dr. Mouysset, tous deux cancérologues.
D’après l'étude de l'INC, sur 40 tee-shirts testés neuf comportaient un taux de phtalates supérieur à la nouvelle réglementation REACH, en vigueur depuis fin 2008, soit plus de 0,1 % sur l’ensemble du vêtement. Les tee-shirts testés ont été achetés en septembre chez Kiabi, Gemo, Babou, La Halle, Okaïdi, Auchan et Gap. Cela ne met pas uniquement en cause ces enseignes. Car les tee-shirts achetés dans toutes les boutiques proviennent dans la grande majorité des cas de fabricants asiatiques où la réglementation est beaucoup moins sévère. L'étude montre par ailleurs un taux élevé de résidus chimiques dits alcalins et potentiellement irritants. Pour obtenir des tee-shirts d'un blanc immaculé, les industriels de la filière textile utilisent des produits à forte teneur alcaline.
Alors, des phtalates dans des tee-shirts, un scoop ?
Le Dr. Jean-Loup Mouysset est oncologue médical, médecin spécialiste des traitements médicaux du cancer. Il est également titulaire d'un DEA en Biosciences de l’Environnement et de la Santé. Jean-Loup Mouysset a fondé et préside l'association Ressouce de soutien aux personnes atteintes d'un cancer et de leur entourage. L'association organise les 17 et 18 avril prochain le 2e congrès "Un autre regard sur le cancer".
Dominique Belpomme est professeur de cancérologie à l’Université Paris V. Diplômé d’études approfondies en biologie cellulaire (Faculté des Sciences de Paris) et détenteur des certificats d’études spéciales en cancérologie expérimentale et clinique (Faculté de médecine de Paris). Il est Docteur en médecine et membre de nombreuses sociétés savantes dont l’European society for medical oncology. Il est président de Association française pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse (ARTAC) qu’il a fondée en 1984. Il a écrit de nombreux articles scientifiques et livres sur les liens entre cancer et environnement. A vrai dire, non. "Ce sont davantage des confirmations", explique le Dr. Jean-Loup Mouysset (voir notre encadré ci-contre) qui ajoute : "Quand on cherche on trouve. C’est la démonstration qu’il y en a partout."
Car les phtalates sont des plastifiants du PVC que l’on trouve dans de nombreux objets du quotidien. On les trouve dans les vêtements, les jouets, les matériaux de construction en PVC, dans les produits médicaux, les cosmétiques ou encore dans les cadres de fenêtres, les ballons, les nappes, les tuyaux, les rideaux de douche, les fils et les câbles. "On les trouve également dans les aliments (lait, fromage, poissons, viandes, margarines, céréales), en partie suite à la migration des phtalates présents dans les containers ou les emballages", précise l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité).
Où est le problème ?
Bien qu’il n’y ait pas de preuve absolue de lien entre cancer et phtalates, "on sait que ce sont des perturbateurs endocriniens", explique le Dr. Jean-Loup Mouysset. C'est-à-dire qu’ils altèrent le fonctionnement de nos hormones. "Ils ont pour effet de diminuer les réserves de spermatozoïdes […] Et posent des problèmes de féminisation et de malformations chez le fœtus." Si les études n’ont pas démontré de lien absolu entre phtalates et cancer et qu'à ce jour ils n’ont pas un effet initiateurs connu, "ils ont un effet promoteur", poursuit le cancérologue.
Les phtalates ne sont dangereux qu'ingurgités, estime l’INC. Pas seulement répond le Docteur Belpomme (voir notre encadré) qui demande la suppression des phtalates, comme c’est le cas par exemple au Danemark ou en Autriche. Il est "inacceptable estime-t-il d’avoir des phatalates à fleur de peau. La peau est un organe qui laisse pénétrer de nombreuses substances chimiques". Et de préconiser un retour aux habits naturels sans plastiques comme le coton, le lin ou encore la laine.
Les phtalates sont-ils pires que les autres produits chimiques, tels que le PCB, le bisphenol A ou la dioxine ?
"Ce qu’il ne faut pas oublier c’est que le cancer n’est pas quelque chose d’isolé. Il dépend de son envrionnement", explique Jean-Loup Mouysset. C’est le fameux effet cocktail, c'est-à-dire l’accumulation par l'organisme de produits chimiques, à la limite des seuils de détections, ou à la limite des seuils autorisés et l’interaction dans l’organisme de ces différents produits, dont on ne connaît pas aujourd'hui les effets. Le DR. Mouysset cite pour exemple le tabac et l’amiante. "Le tabac est composé de centaines de molécules toxiques, il multiplie par 10 les risques de cancer. L’amiante multiplie le risque par 5. Les deux cumulés multiplient le risque de cancer non pas par 15 mais par 50 !"
Le Professeur Belpomme ajoute à son tour : "La dioxine est le poison le plus fort. C’est le polluant qui agit à la concentration la plus faible. Mais le plus grave pour l’humanité, ce sont les pesticides qui provoquent des maladies chez l’homme et stérilisent les sols. […] Pour les PCB, on sait qu’ils posent des problèmes de reprotoxicité. […], pour les phtalates on soupçonne aussi des problèmes de reprotoxicité, mais c’est encore au conditionnel. Quant au Bisphénol A, que l’on trouve dans les vernis, les biberons ou encore dans les boites de conserves, on sait qu’il est cancérigène chez l’animal et probablement reprotoxique." ( voir notre article sur le bisphenol A et sur notre guide pratique pour repérer les plastiques à risques.
Comment s'en protéger ?
Pour les vêtements, par mesure de précaution, éviter d’acheter des tee-shirts avec des motifs peints, surtout en relief. L’INC explique qu’il est indispensable de toujours laver ses vêtements avant de les porter, pour les débarrasser d'éventuelles traces de résidus chimiques. L'INC rappelle toutefois que les phtalates quant à eux ne disparaissent pas au lavage.
Comme le préconise le Dr Belpomme, un retour vers des vêtements naturels tels que le coton, le lin ou encore la laine permet de diminuer les risques. Et tant qu’à faire, si vous en avez les moyens, optez pour les vêtements dont les fibres proviennent de l'agriculture biologique (Voir notre article : Coton industriel vs coton biologique) Le DR. Mouysset cite la détoxification de l’organisme par la micro-nutrition, "ce n'est pas une certitude mais un moyen par l’apport d’oligo-éléments et de vitamines de favoriser un mécanisme d’élimination". Mais c’est là un autre sujet qui ne s’improvise pas.
Plus facile, le brocoli qui est un excellent détoxifiant, explique Jean-Loup Mouysset. Alors, pensez à l'inclure une fois par semaine dans vos menus... et bio tant qu'à faire !
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