Est-ce radioactif près de chez vous ?
Écrit par : Alexandra Lianes dans société, pollution, nucléaire le 5 février 2009
L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) vient de mettre à jour sa base de données sur les 210 anciens sites miniers d’uranium exploités en France métropolitaine. Accessible à tous, la base Mimausa est présentée par l’IRSN comme "une source d’information complète sur les anciens sites miniers d’uranium". Ce que conteste la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité) qui regrette que cet inventaire "ne donne pas aux populations une visibilité sur la contamination autour des sites". Décryptage. Photo : Stockage en carrière de résidus radioactifs, Bellezane (Limousin), 1993. DR : Criirad.
Mimosa, comme Mémoire et Impact des Mines d’uranium : synthèse et archives, a été lancé en 2003 par l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) à la demande du ministère du DD et de l’aménagement du territoire. L’idée est de mettre à la disposition des pouvoirs publics et de la population "une source d’information complète sur les anciens sites miniers d’uranium". Parmi les informations que tout un chacun peut trouver, au moins en partie : la localisation des sites, leur date d’exploitation, s’ils ont été réaménagés, la quantité d’uranium produite, si des résidus y sont stockés et s’ils sont encore surveillés.
"Uranium, le scandale de la France contaminée" sur France 3
Le mercredi 11 février à 20h35, Elise Lucet présentera sur France 3 un nouveau numéro de Pièces à conviction qui s'intitule Uranium : le scandale de la France contaminée.
Entre 1945 et 2001, la France a exploité 210 mines d'uranium sur son territoire. Elles ont produit 300 millions de tonnes de déchets radioactifs qui ont été abandonné dans mesure de protection ou de surveillance particulière.
Qui sont les responsables ? Pourquoi ceux qui ont tenté de donner l'alerte n'ont-ils jamais été écoutés ? Pourquoi l'Etat n'a-t-il pas alerté les riverains? Les populations sont-elles en danger ? Elise Lucet et l'équipe de Pièces à conviction ont mené l'enquête sur ce scandale, au cœur des campagnes et des villes françaises.
A ce jour, toutes ces informations ne sont pas renseignées. L’IRSN explique que cette base de données sera progressivement mise à jour afin de fournir une information utile et la plus complète possible. Au moins deux années seront nécessaires pour compléter les données "compte-tenu de la finesse des informations", explique Didier Gay, responsable du service d’analyse des risques liés à la géosphère au service de la direction de l’environnement de l’IRSN.
Si l’outil est incomplet, il a toutefois le mérite de renseigner visuellement grâce à une carte interactive sur la localisation de ces anciens sites miniers. Ainsi, il est possible de savoir avec exactitude la ou les communes concernées par le anciens sites d’exploitation de l’uranium.
Pour Bruno Chareyron, Ingénieur en physique nucléaire et responsable du Laboratoire de la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité) : "La communication lancée par l’IRSN ne rend pas compte de la réalité des problèmes posés par les anciennes mines d’uranium". C'est-à-dire, la "dispersion de stériles* radioactifs, le non confinement des résidus radioactifs et la contamination des cours d’eau". Et pourtant, fait admis par l’IRSN, il y a une contamination radioactive quasiment systématique et à des doses bien supérieures à la normale sur ces anciens sites miniers.
L’analyse de l’état radiologique de ces sites est "quelque chose d’encore plus ambitieux", répond Didier Gay. Cela relève d’un autre aspect qui devra être mené en parallèle ou en complément. "Sur chacun des sites miniers, il y a de la radioactivité à des niveaux beaucoup plus élevés que normalement, c’est évident", explique-t-il. Compte-tenu de la présence radioactive, l'INRA vérifie qu’il n’y a pas d’usages pouvant exposer les populations à des doses significatives, c'est-à-dire l’utilisation des remblais et stériles pour des constructions professionnelles, d’habitation ou encore loisirs prolongés. "Le risque [d’exposition à des doses significatives] dépend du type de contact et du temps de présence".
En Chiffres
D'après le Conseil supérieur d'hygiène publique, les minerais des mines françaises contenaient entre 600 grammes et quelques kilos d'uranium par tonne. Aussi pour produire 76 000 tonnes d'uranium, quelques 52 millions de tonnes de
minerai ont été extraites.
Pour produire chaque tonne de minerai, on a manipulé en moyenne 9 tonnes de stériles dans les exploitations à ciel ouvert et 0,65 tonne dans les exploitations souterraines, soit au total 166 millions de tonnes.
Ainsi, l'exploitation des mines a fait remonter 170 millions de tonnes de stériles à la surface et environ 50 millions de tonnes de résidus. Chiffres indicatifs puisque les volumes d'extraction n'ont pas fait l'objet d'un suivi précis.
La Criirad s’inquiète pourtant de la réutilisation et de la dispersion des résidus radioactifs. D'après l'organisme, ces résidus ont par exemple été employés pour le parking du terrain de foot de Gueugnon ou encore pour le parking d’une piste de ski de fond dans l’Allier. Dans le passé, des constructions ont même vu le jour sur ces anciens sites miniers. "Quand on construit sur ces sites, s’ajoute à l’irradiation, liée à la désintégration, les risques importants de respirer du radon. A la scierie des Bois Noirs, construite il y a quelques décennies, la concentration en radon dépassait d’un facteur sept le seuil sanitaire. Areva avait alors accepté de payer la décontamination du site".
Dans la Haute-Vienne, certains cours d’eau ont été contaminés par ces mines d’uranimum "dont les réserves en eau potable de la ville de Limoges", explique Brunon Chareyron. Didier Gay admet qu’il y a "des risques de trouver de la radioactivité dans les eaux". Ce dernier insiste toutefois sur les exigences réglementaires en la matière : "Il y a une obligation de faire des analyses sur des paramètres radiologiques dans les eaux exploitées pour la boisson.". D’après ces analyses, "il n’y a pas de difficulté particulière pour la consommation de ces eaux [du Limousin]."
Pour la Criirad, l’urgence est à la décontamination de ces sites et au confinement de ces roches radioactives "Ce n’est pas raisonnable", répond Didier Gay. "Il y a une autre voie qui consiste à être conscient qu’il existe de la matière radioactive […] et de faire en sorte que l’homme vive le plus harmonieusement possible en évitant de s’exposer inutilement."
Glossaire
Stériles : produits constitutés par les sols et roches excavés pour accéder au filon minéralisé. Leur teneur en uranium est insuffisante pour justifier un traitement sur le plan économique.
Résidus : minerai qui ont subi une série d’actions physiques et chimiques. Les résidus sont attaqués avec de l’acide afin de récupérer de l’uranium.
Pour aller plus loin :
Inventaire national des sites miniers d'uranium sur le site de l'IRSN.
La Criirad détaille sur son site les résultats des principales études sur les conséquences de l'exploitation de l'uranium en France.
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