Hervé Kempf : un autre monde est possible

dimanche 15 février 2009 Écrit par  Yves Heuillard
Herve Kempf

Hervé Kempf, journaliste spécialisé en environnement au journal Le Monde, n'y va pas par quatre chemins : "Pour sauver la planète, sortez du capitalisme", c'est le titre de son dernier livre. L'ouvrage n'a rien d'une marche arrière marxiste, ou d'un plaidoyer écolo, c'est une analyse incisive et clairvoyante de nos dérives, et une proposition moderne, facile à lire, d'une nouvelle organisation du monde. Il faut lire Kempf.

Paris, 6h41. Coup d'oeil dans l'administration de DDmagazine. 11 lecteurs. Je vous écris. Vous, vous êtes déjà dans votre voiture, ou dans les transports, ou sur votre moto ; ou bien vous vous préparez à lever les enfants. De la rue monte le bruit du camion poubelle, un bruit ordinaire, que je remarque à peine. Qu'allez-vous faire aujourd'hui ? Pourquoi le faites-vous ? Avez-vous choisi ce que vous allez faire ? Si vous pouviez choisir, choisiriez vous de le faire ?  Pour qui le faites-vous ? Qu'allez-vous produire ?  Ce que vous allez produire, va-t-il servir vraiment, je veux dire, servir à autre chose qu'à ramener à la maison de quoi vous faire vivre, vous et votre famille ? Et quand vous rentrerez ce soir, serez-vous content de vous ? Ce que vous verrez au 19 531ème  journal télévisé de votre vie, vous exaltera-t-il ? A quoi rêverez-vous, encore, la nuit prochaine ?

Hervé kempf pour sauver laplaneteVous n'êtes pas (ou vous n'étiez pas) du genre à vous poser ces questions d'existence ; la crise financière, la crise économique, la catastrophe écologique annoncée vous y invitent. Un autre monde est possible, il est à notre portée, il est indispensable. C'est le message d' Hervé Kempf. Le texte de son livre est beau. C'est d'abord un récit, pour une part autobiographique. Il raconte comment des trente glorieuses où "on passait de merveille en merveille dans un monde encore imprégné de douceur campagnarde qui se faisait sentir jusqu'au coeur des villes " nous nous réveillons dans" la crise écologique qui fait rouler ses nuages sombres dans le ciel qui s'obscurcit, et l'économie signale la fin des temps faciles"

Dans le contexte d'un "il  faut refonder le capitalisme" lancé par Sarkozy l'autre jour et du  "nouveau parti anticapitaliste" de Besancenot, le titre du livre de Kempf tombe bien, ou mal, je ne sais pas. Ce que je sais, comme beaucoup de ma génération, c'est que "sortez du capitalisme", il y a peu encore, aurait annoncé une apologie, au mieux une nostalgie, du communisme. Oubliez. Hervé Kempf est un homme libre. Au fil de son récit, que vous lirez comme un roman, il  nous montre comment le système économique dominant, le capitalisme, s'est métamorphosé, en système mortifère, et comment il a généré cette crise économique majeure et une crise écologique d'ampleur historique. Pour lui, nul doute, il faut reconstruire une société où l'économie n'est pas reine mais outil, où la coopération l'emporte sur la compétition, où le bien commun l'emporte sur le profit de quelques-uns. Sans pour autant exclure l'économie de marché ( voir la première vidéo).

[video:http://www.youtube.com/watch?v=Q3BHp20t_9M 320x256] 

Kempf, ne nous ménage pas ; même les technologies vertes, celles dont nous parlons bien volontiers dans DDmagazine, en prennent pour leur grade. Sans les rejeter, il nous invite à nous méfier d'un green business qui aurait pour objectif de pérenniser le système économique actuel sans en changer les déterminants fondamentaux. Pour lui les oligarques, ainsi nomme-t-il ceux qui tiennent de fait les rênes du monde, cherchent à détourner l'attention d'un public de plus en plus conscient du désastre imminent en lui faisant croire que la technologie pourrait sauver sa mise : "l'avenir n'est pas dans la technologie, mais dans le nouvel agencement des relations sociales" (voir la deuxième vidéo).

[video:http://www.youtube.com/watch?v=m74Ln4ZrSGM 320x256] 

Le livre d'Hervé Kempf s'inscrit dans un nouveau courant de pensée, représenté par exemple aux Etats-Unis par James Gustav Speth, Doyen de la Yale School of Forestry and Environmental Studies de l'université de Yale. Speth a publié en 2008 "The Bridge at The Edge of The World: capitalism, the environment, and crossing from crisis to sustainability"  qu'on peut traduire par  "Le pont aux limites extrêmes du monde : capitalisme, environnement, et passage de la crise à un monde durable". Mais Kempf est plus direct, plus accessible ; son oeuvre est originale, sincère, on peut ne pas être d'accord sur tout mais elle nous fait avancer, c'est un message d'optimisme et - j'hésite à écrire ce mot - d'amour, de justice en tout cas.

Il fait jour maintenant, j'imagine les bureaux des grandes entreprises où l'on se croise autour des machines à café, vous êtes maintenant 57 à lire DDmagazine, la vie suit son cours, rien ne change.
Si, tout change !

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le blog d'Hervé kempf

Entretiens avec Gustav Speth (sur Youtube en anglais)

 

 

 

3 Commentaires

  • Lien vers le commentaire jeudi 28 janvier 2010 Posté par CA

    La question est aussi comment arriver à  cet autre monde. D'où l'utilité de réfléchir en termes de transition. Mais certains travaux récents montrent que le chemin va être très difficile : http://yannickrumpala.wordpress.com/2009/06/23/dossier-decroissance/

  • Lien vers le commentaire samedi 25 avril 2009 Posté par skanda

    de vrais besoins? Réduire notre conso et favoriser celle des pays émergents? c'est pas nouveau. Et si l'Inde, la Chine, l'Amérique du Sud se développent se sera grâce aux technologies qu'on va leur vendre. rien de nouveau, business as usual et fin de l'humanité. Les vrais questions ne sont pas posées. Sommes-nous un tas de consommateurs ne pouvant dépasser la vision étriquée de son humanité? Le bond est quantique, pas technologique. C'est un changement de conscience. Mais avant la résurrection il y aura la crucifixion. Et nous en sommes à  discuter de la couleur des rideaux dans les cabines du Titanic.

  • Lien vers le commentaire jeudi 12 février 2009 Posté par Greenmyst

    Merci de nous faire découvrir Hervé Kempf et son nouvel ouvrage. Le titre ne m'aurait pas incité à  l'achat pensant qu'il s'agissait là  d'un énième pamphlet contre le capitalisme, or Hervé Kempf va plus loin . Son absence de dogmatisme et son observation pointue de la société humaine planétaire ouvrent des portes nouvelles, nous incitent à  repenser notre mode de vie et nos organisations pour remettre du lien humain et de la responsabilité citoyenne partout où cela est possible. Utopie ou propositions de la dernière chance ? Optimiste par nature, je suis tentée de voire dans chaque difficulté une opportunité ; la première serait que cette crise nous oblige à  remettre du long terme là  ou le court terme avait imposé sa loi et ça s'est déjà  une bonne chose en soi !

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