Les eaux usées pour se chauffer : ça marche !
Écrit par : Alexandra Lianes dans collectivités, chauffage-clim le 17 février 2009
La Lyonnaise des Eaux a lancé depuis peu un nouveau système de chauffage à destination des collectivités pour récupérer l'énergie des eaux usées. La solution permettrait de faire jusqu’à 60 % d’économies sur la facture de chauffage et de climatisation. Zoom sur un procédé importé de Suisse.
Quand vous prenez une douche, a fortiori un bain, quand vous lavez la vaisselle, les calories de l'eau sont perdues dans les égouts. Récupérer ces calories, c'est ce que propose la Lyonnaise des Eaux aux collectivités pour chauffer les logements et les bureaux. Les eaux usées des salles de bains et des appareils électroménagers (lave-vaiselle, lave-linge…) ont une température moyenne comprise entre 11 et 17°C. C'est-à-dire bien plus chaudes l’hiver que la température ambiante extérieure et inversement l’été.
Le procédé repose sur un brevet déposé en 2000 par la société Suisse Rabtherm. La récupération de chaleur est déjà bien répandue en Suisse. La ville de Bâle et ses environs sont pilotes en matière de chauffage par les eaux usées. La ville de Winterthur a inscrit la récupération de chaleur des eaux usées dans son plan communal de l’énergie. Pour toute nouvelle construction, l’utilisation de la chaleur des eaux usées doit être étudiée comme source d’énergie. Notre article sur un immeuble zéro énergie en Suisse mentionne un tel système (voir l'article). En France, la filiale Suez Environnement le développe depuis novembre 2008 via un le programme "Degrés bleus" de sa filiale La Lyonnaise des eaux.
Comment ça marche ?
Ce mode de chauffage fonctionne grâce à un échangeur et une pompe à chaleur (PAC). L’échangeur à plaques, placé dans la canalisation d’eaux usées, va réchauffer les tuyaux et surtout l’eau en circuit fermé de l’échangeur. Cette eau réchauffée va à son tour alimenter une pompe à chaleur.
Car la température des eaux usées ne suffit pas pour être utilisée telle quelle. C’est pourquoi une pompe à chaleur est indispensable pour élever la température à un niveau exploitable, c’est-à-dire entre 50 et 70°C. La PAC servira ensuite à alimenter un réseau de chaleur qui dessert plusieurs bâtiments. La pompe à chaleur permet d’extraire la chaleur du fluide qui passe dans l’échangeur pour la transférer vers le fluide qui alimente le circuit de chauffage. La PAC étant un réversible, l’été elle peut servir pour rafraîchir les bâtiments.
Pour fonctionner, le débit de canalisation doit être de 15 litres par seconde par temps sec, soit environ 8000 à 10 000 habitants raccordés. Le procédé est donc particulièrement bien adapté aux milieux ruraux denses. La Lyonnaise des Eaux précise que ce système "peut être installé aussi bien pour de nouvelles constructions que pour les bâtiments anciens". Mais que "l’usage optimal des pompes à chaleur nécessite de produire une puissance thermique d’au moins 150 kW ce qui correspond à celle d’une cinquantaine d’appartements".
Le coût de cet équipement, "variable en fonction du contexte urbain de chaque installation", peut être amorti en "quelques années pour une durée de vie de l’échangeur de 30 ans". Le groupe précise, que l’obtention de subventions pourrait bien sûr encore réduire le temps de retour sur investissement, de même qu’une augmentation du coût des énergies fossiles.


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