Crise alimentaire : la faute aux agrocarburants ?Écrit par Alexandra Lianes in carburants, alimentation / 17 avril 2008 |
La semaine dernière, le gouvernement allemand est revenu sur son objectif de devenir leader mondial des agrocarburants. La raison officielle : trop de voitures ne sont pas compatibles avec ce carburant de nouvelle génération [The Guardian]. Depuis, la polémique sur la crise alimentaire mondiale a enflé. Les biocarburants ont été à plusieurs reprises dénoncés comme étant la principale cause de cette crise.
En début de semaine, le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, le Suisse Jean Ziegler, a qualifié de « crime contre l'humanité » la production massive de biocarburants [Le Monde, citant Libération]. Aujourd'hui encore, invité au JT de France 2, Jean Ziegler a estimé que la première cause de la crise alimentaire revenait aux biocarburants. Le rapporteur des Nations Unies a appelé à l'interdiction des biocarburants provenant de céréales.
Le président brésilien Luis Inacio Lula da Silva, répondant à Jean Ziegler lors d'une conférence de presse à l'occasion de la 30e Conférence régionale de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) avait déclaré : « Ne me dites pas, pour l'amour de Dieu, que la nourriture est chère à cause du biodiesel. La nourriture est chère parce que le monde n'était pas préparé à voir des millions de Chinois, d'Indiens, d'Africains, de Brésiliens et de Latino-Américains manger. [Le Monde] » Le Brésil a beaucoup à perdre dans ce débat. Le pays est le deuxième producteur mondial de biocarburants (fabriqué pour l'essentiel à partir de canne à surcre) après les Etats-Unis.
Dans cette polémique, l'Union Européenne est dans l'embarras alors qu'elle s'est fixée pour objectif de porter à 10 % la part de biocarburants utilisés dans les transports d'ici à 2020 dans le cadre de la réduction des gaz à effet de serre. Vendredi 11 avril, l'Agence européenne de l'environnement recommandait une suspension de cet objectif ; une éventualité démentie par le Commissariat à l'environnement lundi 14 [Le Monde].
Revirement de l'UE?
La présidence de l'UE n'a pas exclu une révision de l'objectif européen « Il n'est pas exclu de revoir ou de réviser l'objectif », a déclaré le Premier ministre slovène Janez Jansa [AFP]. Toutefois, il a précisé que l'UE ne disposait pas pour l'instant « d'éléments déterminants » dans ce sens [AFP].
Dans le même temps, plusieurs dirigeants européens, dont l'ex chef du gouvernement italien Romano Prodi, ont dénoncé le fait que les cultures destinées à la fabrication de biocarburants bénéficient d'aides importantes. Une position soutenue par la Grande-Bretagne, qui demande la suppression de ces subventions [Le Monde].
Outre la production d'agrocarburants, la crise des marchés de l'immobilier et le retournement vers le marché des matières premières sont aussi responsables de l'explosion des prix ; l'évolution de pays émergents (tels que la Chine et l'Inde) vers une alimentation plus carnée ; la sécheresse dans certaines régions du monde (Australie...) et ses conséquences sur les récoltes. En attendant, 100 000 personnes meurent chaque jour de la faim ou de ses conséquences dans le monde, selon Jean Ziegler.
Liens
Les chiffres de la FAO sur la situation alimentaire mondiale (anglais)
Les agrocarburants : promesses et dangers, rapport de la Banque mondiale (anglais)
Voir notre article : " La Royal Society doute des biocarburants "













